Comment peut-on “apprendre à apprendre”?

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Si je vous dis que, lorsque certaines circonstances sont réunies, n’importe qui peut parvenir à développer n’importe quelle habileté, l’affirmation que je viens de faire est une exagération, mais je soutiens qu’elle n’est pas très loin de la réalité. L’âge, le quotient intellectuel, la santé physique et mentale, le “talent”: la combinaison de tous ces facteurs peut constituer un énorme avantage ou un important inconvénient, mais ça ne représente que bien rarement une barrière infranchissable.

Aimeriez-vous apprendre à jouer de la musique, à dessiner, à danser, à programmer, à comprendre les grandes lignes de l’histoire, la biologie ou l’astrophysique, à pratiquer un art martial, à faire des calculs mathématiques complexes, à jongler, à résoudre un cube Rubik ou à mémoriser rapidement à l’aide de l’art de la mémoire? Un objectif de ce type est davantage à votre portée que vous ne l’imaginez, même si vous partez de zéro.

Mon principal objectif avec cette page est de vous expliquer de quelles façons nous pouvons procéder soit pour développer de nouvelles habiletés en bien peu de temps, soit pour continuer presque indéfiniment de s’améliorer à long terme. L’emphase ici sera placée sur le développement de toutes les compétences complexes qui ne peuvent pas être “simplement” mémorisées. L’art de la mémoire est un outil absolument extraordinaire, mais bien entendu on ne peut pas se limiter à cela si l’on souhaite, par exemple, apprendre à jouer d’un instrument de musique.

L’apprentissage sous ses différentes formes est un sujet multidimensionnel, infiniment complexe et impossible à comprendre dans sa totalité. La bonne nouvelle est que, en pratique, il suffit de comprendre et d’utiliser quelques grands principes. J’espère bien être parvenu à identifier tous les principaux et je vais tenter de vous les expliquer ici ( :

Note importante: Si vous vous intéressez uniquement ou principalement aux techniques de mémorisation, vous pouvez vous permettre d’ignorer cette section ou de remettre son exploration à plus tard. Sachez cependant que plusieurs des principes qui sont expliqués ici peuvent être indirectement utiles dans toutes sortes de circonstance, y compris lorsque l’on apprend à utiliser l’art de la mémoire.

Comment digérer plus facilement cette page: Notez que c’est bien possible que cet article soit un peu trop long à votre goût. Je réalise cela et bien que l’ensemble de son contenu me semble pertinent, je vais tôt ou tard prendre la peine de rédiger une autre version beaucoup plus courte. D’ici là, rien ne vous oblige à tout lire aujourd’hui. Pour faciliter une “digestion” plus harmonieuse, je l’ai divisé en trois grandes “section”. Pous pouvez lire la première aujourd’hui, la deuxième demain et la troisième une autre semaine (ou jamais). Vous pouvez aussi choisir de vous limiter à seulement la deuxième section, soit celle où les conseils les plus concrets et les plus importants sont présentés. Ou encore vous pouvez vous contenter de parcourir rapidement l’ensemble de la page en ne lisant que les titres et les phrases placées en caractères gras.

 

Ce qu’il est possible d’accomplir

Lorsqu’on s’y prend de la bonne façon, un niveau de compétence décent pour une habileté complexe et complètement nouvelle peut être développé en plus ou moins une vingtaine d’heures de pratique réparties sur quelques semaines. Vingt heures de pratique, ce n’est pas rien, mais c’est beaucoup moins de temps que ce que la plupart des gens consacrent à la télévision à chaque semaine. On ne parle pas d’expertise ici, on parle d’être “good enough” et de pouvoir pratiquer l’activité avec plaisir et avec fierté. Un tel niveau est suffisant pour, par exemple, être à l’aise avec la plupart des mouvements de base d’un art martial ou d’une danse ou encore de jouer quelques chansons avec confiance avec un nouvel instrument de musique (peut-être pas le violon). Une fois qu’on a atteint cette compétence de base, on peut ensuite choisir de passer à autre chose. Ou on peut choisir de persévérer et de viser le niveau supérieur. Pour un grand nombre d’habiletés complexes, il n’existe pas de point à partir duquel il devient impossible de continuer de s’améliorer. Extrêmement rares sont les gens qui vont un jour parvenir à atteindre leur plein potentiel dans un domaine quelconque.

Quant à l’art de la mémoire, c’est l’un des rares domaines où il est théoriquement possible de rejoindre les rangs des meilleurs au monde en seulement deux ou trois ans. C’est aussi l’une des habiletés où les bénéfices de l’entrainement commencent à se manifester le plus rapidement. Quelques heures réparties sur quelques jours sont assez pour faire une énorme différence. Mais selon moi, cela vaut la peine de ici aussi viser au moins une vingtaine d’heures de pratique, histoire de pouvoir être à l’aise et confiant face à la majorité des tâches qui requièrent de la mémorisation.

Quelques nuances et précisions: “20 heures de pratique pour une nouvelle habileté”, ce n’est bien sûr pas une promesse qu’on peut formuler en toute circonstance. Pour certaines compétences particulièrement vastes et complexes, l’apprentissage du mandarin par exemple, mieux vaut voir cela comme plusieurs projets interdépendants (prononciation, vocabulaire de base, grammaire, rédaction, conversation) plutôt que comme un seul. Mais pour la majorité des autres domaines, je pense que la règle des 20 heures est une façon de voir les choses qui est utile, motivante et généralement valide. Le processus peut parfois être beaucoup plus rapide (apprendre à résoudre un cube Rubik par exemple), rarement beaucoup plus long. Ça va varier selon le contexte, selon l’habileté poursuivie, selon l’individu, selon le niveau de motivation et selon l’efficacité des méthodes de pratique utilisées. Pour les personnes âgées, l’apprentissage risque d’être souvent plus long et plus difficile, mais il reste généralement tout à fait possible.

 

 

 


Section 1: Ce qui rend l’apprentissage possible


Notez que cette première section traite de concepts quelque peu abstraits liés à la mentalité avec laquelle l’apprentissage est abordé. Si j’insiste autant sur ces sujets, c’est parce que malgré leur bien bête simplicité, ils peuvent avoir des impacts spectaculaires sur la vie de tous ceux et celles qui parviennent à réellement les incorporer à leur philosophie de vie. Ça a certainement été mon cas lorsque je les ai découverts pour la première fois à l’âge de 26 ans. Mais si vous connaissez déjà ces concepts et que vous avez déjà une confiance totale en vos capacités à développer n’importe quelle habileté, vous pouvez vous permettre de passer tout de suite à la section 2 sur l’entrainement délibéré.

Qu’est-ce que la neuroplasticité

Votre cerveau compte environ 86 milliards de neurones organisées à travers un incroyablement complexe réseau de peut-être 150,000 milliards (150,000,000,000,000) de connexions différentes. Ça fait beaucoup de neurones et beaucoup beaucoup de connexions.

On peut s’émerveiller un moment devant la pratiquement infinie variété de configurations possibles. Mais le plus magique dans tout cela, ce sont toutes les transformations et les reconfigurations qui se produisent constamment tout au long de notre vie. C’est ce qui rend l’apprentissage possible, entre autres choses. Comprendre les conséquences potentielles de ces changements peut, je pense, avoir de profondes implications sur plusieurs de nos choix de vie.

Vous avez probablement déjà dit quelque chose comme “Je ne suis pas bon en math”, “Je ne suis pas bon en langues”, “Je ne suis pas bon en musique”, “Je ne suis pas bon en sports”, “J’ai une mauvaise mémoire!” Peut-être aviez-vous en partie raison. Le problème, c’est qu’en disant ou en pensant cela, vous sous-entendez que c’est une sorte fatalité. Comme si le fait de ne pas avoir développé telle ou telle habileté était une conséquence directe et inévitable de votre code génétique et une composante fondamentale votre identité. La conséquence logique de cette façon de voir les choses, c’est de se dire qu’il ne sert à rien de pratiquer quelque chose si l’on pas le “talent” nécessaire. À quoi bon perdre son temps à pratiquer quelque chose de difficile, de pénible et d’inconfortable? Mieux vaut pratiquer ce qu’on sait déjà bien faire!

Je comprends cela. J’ai longtemps inconsciemment entretenu des idées similaires. Mon attitude a spectaculairement changé lorsque j’ai pour la première fois découvert le concept de neuroplasticité en lisant le livre The Brain that Changes Itself*. L’ouvrage explique comment nos cerveaux peuvent réorganiser leur structure et se transformer tout au long de nos vies, y compris durant l’âge adulte et durant ce qu’on appelle le “troisième âge”. Notre cerveau n’est pas comme une espèce de machine qui est bien douée pour bien des choses, mais qui est malheureusement incapable d’apprendre à faire quoi que ce soit d’autre. Contrairement à une machine, nos cerveaux se reconfigurent constamment pour s’adapter aux circonstances et pour pouvoir faire face aux défis auxquels vous êtes confrontés. Ces transformations peuvent souvent être beaucoup plus rapides, plus profondes et plus lourdes de conséquences que vous ne l’imaginez.

On peut involontairement transformer nos cerveaux pour les conditionner à, par exemple, être psychologiquement dépendants au sucre, à la télévision, aux cellulaires, aux réseaux sociaux et à la distraction constante. On peut aussi, en s’y prenant de la bonne façon, travailler certaines habiletés spécifiques de façon réfléchie et délibérée. La pratique de ces nouvelles habiletés complexes force le cerveau à reconfigurer certaines parties pour qu’elles puissent se charger plus efficacement de toutes ces tâches.

Pour caricaturer un peu, imaginez que vous avez une série de câbles électriques dans votre tête. Quand vous apprenez quelque chose de nouveau, vous réorganisez la façon dont tous ces câbles sont organisés et vous ajoutez de l’isolant autour de certaines connexions pour que l’information puisse circuler plus rapidement. Les transformations qui s’opèrent peuvent être subtiles, elles peuvent aussi parfois être spectaculaires. Avec les technologies dont on dispose, on peut, par exemple, observer que dans les cerveaux des chauffeurs de taxi de Londres, l’hippocampe postérieur droit est 7% plus gros que dans le reste de la population. On peut voir que les musiciens ont au moins trois différentes parties de leur cerveau qui sont particulièrement développées. Et on peut voir que les gens à qui l’on a demandé d’apprendre à jongler durant 30 minutes par jour pendant à peine quelques semaines ont augmenté de 5% la quantité de connexions présentes dans une partie du lobe pariétal.

Je ne sais pas ce que vous inspirent ces informations. Peut-être que ce n’est rien de nouveau pour vous. En ce qui me concerne, la découverte de ce concept a radicalement transformé ma perception de ce qu’il est possible d’accomplir. Ça a fait en sorte que je pouvais me lancer dans n’importe quel défi, n’importe quel projet, avec en tête l’idée que ce n’était pas grave si j’étais mauvais parce que ce n’était qu’une question de temps et de pratique et d’effort pour que les connexions nécessaires se fassent et pour que la tâche devienne possible. Je pouvais choisir d’entrainer certaines habiletés intellectuelles un peu de la même façon que je pouvais choisir d’entrainer certains muscles. Je sais que cette conception est simpliste et incomplète. Je sais aussi qu’elle reste extrêmement inspirante, utile et globalement correcte. J’ai aujourd’hui de bonnes raisons de me croire capable de développer plus ou moins n’importe quelle habileté. Je pense que c’est vrai pour moi, et je pense que c’est vrai pour vous aussi. Lorsqu’on sait comment s’en servir, nos cerveaux peuvent devenir des machines à apprendre remarquablement efficaces.

* Petite parenthèse: Le livre The Brain that Changes Itself est bien fascinant, mais ce n’est pas du tout nécessaire que de le lire. Vous pouvez très bien vous contenter de comprendre vaguement le concept de neuroplasticité ainsi que ses principales implications.

 

Avec quelle mentalité aborder l’apprentissage: quelques concepts pertinents

Je pense que la mentalité avec laquelle un projet d’apprentissage est abordé est l’un des principaux facteurs qui vont déterminer le succès ou l’échec du projet en question. Sans cela, le projet ne sera même pas envisagé, ou encore il va être commencé et abandonné très rapidement. Il faut se croire capable d’apprendre malgré les difficultés initiales. Il faut persévérer et développer un certain intérêt pour l’activité, même lorsqu’au départ le sujet peut parfois nous sembler intimidant ou même inintéressant. Et il faut garder en tête le fait que votre cerveau, tout comme votre corps, peut être entrainé et transformé. Si vous avez déjà réussi à devenir doué dans un domaine où initialement vous étiez archinul, vous le savez déjà. Si vous pensez au contraire que vos habiletés dépendent principalement de vos gênes ou de votre “talent”, vous allez devoir apprendre à changer votre mentalité sur le sujet.

Par défaut, dans la plupart des domaines, nous faisons généralement preuve de ce qu’on appelle un “fixed mindset” et percevons nos habiletés comme une série de “talents” tous plus ou moins innés. Je suis bon dans tel domaine et je ne suis pas bon dans tel autre domaine. Cela nous amène à nous en tenir aux activités que nous maitrisons déjà, à voir les erreurs, les efforts et les difficultés comme des signes de lacunes personnelles et à rapidement abandonner face à l’adversité. 

Que vous soyez un premier de classe ou quelqu’un qui peine à suivre le même rythme que les autres, cette mentalité est toxique. Dans un cas vous allez éviter d’entreprendre quoi que ce soit de bien difficile. À quoi bon se forcer si vous n’avez pas le “talent” nécessaire? Dans l’autre, vous allez vous limiter aux domaines qui renforcent immédiatement votre image de petit génie et éviter ceux qui risquent de vous faire moins bien paraitre. Vous allez inconsciemment entretenir l’idée que les gens intelligents ne sont pas censés avoir des difficultés et devoir investir des efforts.

L’opposé du “fixed mindset” est le “growth mindset”, une mentalité axée sur l’apprentissage, sur les efforts et sur les progrès à long terme. On fait preuve d’un growth mindset lorsque l’on considère nos habiletés comme étant transformables par les efforts et par l’entrainement, que l’on cesse de craindre les nouveaux défis et que l’on commence à percevoir nos erreurs comme des opportunités d’apprentissage. Au lieu de valoriser l’intelligence ou le “talent” ou les résultats immédiats, on valorise les efforts et le processus d’apprentissage.

Cette distinction entre ces deux mentalités est un peu simpliste et elle mériterait d’être nuancée. Le “fixed mindset” n’est pas la cause première de toutes les difficultés d’apprentissage. On peut avoir un “growth mindset” dans un domaine et pas dans un autre. On peut en entretenir un en théorie et en paroles, mais pas en pratique. Mais ces deux concepts restent globalement valides et utiles. De nombreuses études sérieuses ont été menées sur le sujet et il semble bien que d’encourager le développement d’un growth mindset mène à des progrès substantiels chez plusieurs individus de tous les âges. À long terme, les implications peuvent aller bien au-delà des études et des projets d’apprentissage.

Un autre concept indirectement lié est ce qu’on appelle le “grit”, un terme qui englobe le courage, la passion et la persévérance à long terme face à l’adversité. Le niveau de “grit” d’une personne est difficile à mesurer, mais selon la psychologue Angela Duckworth, c’est l’un des principaux facteurs qui permettent de prédire le succès à long terme. Cela ne signifie pas que vous devriez nécessairement poursuivre indéfiniment et aveuglément tous les projets que vous avez un jour entrepris. L’idée est plutôt de ne pas laisser les difficultés temporaires ainsi que les hauts et les bas de votre humeur guider vos choix. La bonne nouvelle concernant le “grit” est qu’il s’agit d’un trait de caractère qui, comme bien d’autres, peut aussi être développé et transformé, même si ce n’est pas toujours simple.

Dernières petites remarques à faire avant de terminer mes speechs et mes sermons sur l’importance d’entretenir telle ou telle mentalité: À partir du moment que l’on comprend réellement à quel point nos cerveaux et nos corps peuvent être transformés et que tout ou presque peut être appris, le champ des possibilités qui s’offrent à nous devient soudainement beaucoup, beaucoup plus vaste. Si j’insiste autant là-dessus, c’est parce que j’aurais vraiment souhaité avoir eu la chance de réaliser ce simple fait plus tôt au cours de ma vie. Ce qui initialement semble impossible peut devenir possible, et ce qui est possible peut devenir carrément facile. Mais pour pouvoir en arriver là, il faut investir au moins quelques efforts et il faut se croire capable de surmonter les obstacles auxquels tôt ou tard nous allons faire face. Au final, ce n’est pas si difficile, mais on ne peut pas s’attendre à ce que ça se fasse par magie. Alors la prochaine fois que vous serez sur le point de déclarer que vous n’êtes “pas bon” dans un domaine qui vous tient à coeur, ajoutez simplement les mots “pour l’instant” à la fin de votre phrase.

 

Liens optionnels sur la neuroplasticité, le growth mindset et le grit:

[Précision importante: Mes articles incluent souvent des liens vidéos vers de longues conférences ou entrevues trouvées sur Youtube ou ailleurs. Je tiens à préciser que je ne souhaite pas que la présence de ces liens soit interprétée comme une recommandation du type “je pense que vous devriez passer les 45 prochaines minutes de votre vie assis devant votre ordinateur à regarder ce vidéo”. Les liens vidéos ne sont (presque) jamais indispensables et ils ne sont fournis que pour ceux et celles qui souhaitent en apprendre encore davantage. Si vous souhaitez les écouter en format mp3 sans nécessairement devoir rester assis devant votre écran, certains des outils qui se trouvent sur cette page risquent fort de vous être utiles.]

  • Animation TED-Ed de 5 minutes expliquant comment fonctionne l’apprentissage.
  • Résumé écrit du livre “The Brain that Changes Itself” portant sur la neuroplasticité. Autre résumé du même livre.
  • Court article où Bill Gates commente l’ouvrage de Carol Dweck qui a popularisé les concepts de “growth mindset” et de “fixed mindset”. Ou si vous préférez, voici un très simple vidéo qui résume les deux concepts en 5 minutes, avec des petits dessins.
  • Pour un traitement plus complet du livre de Dweck, voir soit cet article publié par Maria Popova sur son excellent site, cette série de notes de Derek Sivers ou encore encore présentation et discussion de 47 minutes avec Dweck dans les locaux de Google.
  • TED talk de seulement 6 minutes d’Angela Duckworth sur le concept de “grit”.  
  • Encore sur le “grit”, cet excellent épisode de podcast avec Duckworth et cette présentation et discussion de 52 minutes réalisées dans les locaux de Google.
  • Cela peut souvent être utile et inspirant que de s’instruire sur les parcours de gens qui sont parvenus à atteindre les sommets dans leur domaine. Ça peut se faire en explorant des livres, articles ou reportages présentant la biographie de gens que vous admirez. Si vous aimez écouter des podcasts, j’ai souvent mes réserves concernant certains invités et certains des messages qui y sont promus, mais il est indéniable qu’on peut apprendre énormément en écoutant quelques épisodes de programmes comme (sans ordre particulier) Finding Mastery, le Tim Ferriss Show, Impact Theory ou le Rich Roll Podcast.  

 

 


Section 2 – L’entrainement délibéré


 

Une série de concepts et de principes qui peuvent nous aider à apprendre plus ou moins n’importe quoi

Le petit cartoon à ma gauche est génial et globalement correct, mais la réponse “it’s practice” est incomplète. Malheureusement la simple pratique nonchalante et improvisée d’une activité ne vous mènera probablement pas très loin. L’efficacité de vos périodes d’apprentissage ne sera pas optimisée. Vous risquez fort d’apprendre les fondements de façon incorrecte et de développer de mauvaises habitudes. Vos progrès vont tôt ou tard finir par stagner. Parce qu’il ne suffit pas d’y mettre du temps, il faut aussi que des efforts considérables de concentration soient investis de façon particulièrement réfléchie et intelligente. C’est ce qu’on appelle de l’entrainement délibéré. Oui il faut de la pratique, mais pas n’importe quelle type de pratique.

Ci-dessous j’ai tenté de synthétiser, de reformuler et de combiner les recommandations d’une variété d’auteurs compétents, d’ajouter mes petites contributions et de présenter le tout de façon relativement simple. Le résultat est une vingtaine de “principes” ou de concepts que je vais vous présenter avant de, si vous le souhaitez, vous aider à les mémoriser. Cela peut sembler beaucoup, mais je ne m’attends pas à ce que qui que ce soit ne les applique religieusement en toutes circonstances. À vous de voir ceux qui vous semblent être les pertinents et les plus utiles pour vos objectifs du moment.

J’ai ici mis l’emphase sur les projets d’apprentissage autodidacte (autonome, par vous-même) de plus courte durée, mais les mêmes principes peuvent s’appliquer à plus long terme dans bien d’autres contextes. Les concepts énumérés ne sont pas une série d’étapes à suivre dans l’ordre, ce sont plutôt une série d’éléments interdépendants qui peuvent être utiles (ou pas, selon les circonstances) à différents moments de votre apprentissage.

Si vous avez la chance de suivre un programme d’instruction de grande qualité, c’est bien possible qu’il vous suffise de simplement suivre les recommandations du programme en question. Si votre projet est simple ou si les progrès rapides ne sont pas une priorité pour vous, vous pouvez bien sûr vous permettre d’ignorer une bonne partie de tout cela. Même chose si vous ne souhaitez que vous amuser et/ou rencontrer des gens. Mais plus vos objectifs sont ambitieux et plus vous souhaitez que vos périodes de pratique soient aussi efficaces que possible, plus je vous recommande de prendre ces principes au sérieux.

 

Quelques étapes à suivre avant même de commencer son projet

Objectif

  • Oui je sais qu’en théorie vous aimeriez bien “apprendre l’espagnol”, mais êtes-vous certain d’être prêt à vous investir dans ce projet maintenant? Le temps est une ressource précieuse et non renouvelable et il ne sert à rien de tenter de tout faire en même temps. En ce qui me concerne, je réalise de plus en plus à quel point j’achète trop de livres sur trop de sujets différents, je suis abonné à trop de revues et de newsletters, je lis trop d’articles sur Internet, je m’inscris à trop de cours en ligne et j’entretiens trop de projets simultanément. Pour ne pas que nos efforts et notre attention soient à moitié gaspillés, il faut faire des choix et des sacrifices. Si vous n’êtes pas certain de ce que vous devriez prioriser, un exercice qui peut être utile serait de faire la liste de tout ce que vous aimeriez faire ou apprendre au cours des prochains mois. Une fois la liste faite, enlevez la moitié de vos objectifs. Regardez ce qu’il reste, puis enlevez encore une fois la moitié. Recommencez jusqu’à ce qu’il ne vous reste pas plus de un, deux ou trois objectifs. Cet exercice peut être difficile, surtout lorsque vient le temps de faire les dernières coupures, mais il va vous permettre d’identifier vos priorités et de leur accorder le temps qu’il faut. Tout ce qui n’est plus sur la liste peut maintenant être ignoré sans culpabilité. Tant mieux si vous avez l’opportunité de vous attaquer au reste plus tard dans le futur, tant pis sinon.
  • Une fois choisi, votre objectif peut être bien vague au début, mais cela vaut la peine de le préciser aussi tôt que possible. “Apprendre à jouer de la guitare” est trop flou. Quel type de guitare? À quel niveau? Quelles chansons exactement? Voulez-vous chanter en même temps? Souhaitez-vous pouvoir jouer ces chansons devant vos amis ou devant une foule ou seulement pratiquer par vous-même sans stress? La marche à suivre va varier selon la nature de vos réponses.

Planification

  • Choisissez précisément à quels moments et à quel endroit vous allez vous pratiquez ou vous instruire et assurez-vous de conserver libres ces cases dans votre horaire. C’est bien démontré: les objectifs bien définis du type “je vais faire cette action à cette date, cette heure et cet endroit” ont beaucoup plus de chance de se concrétiser que les résolutions floues du type “je vais étudier plus souvent”. S’il y a lieu, vous pouvez choisir et préparer votre lieu d’étude ou de pratique.
  • Autant que possible, éliminez toutes les barrières à la pratique. Identifiez tout ce qui pourrait potentiellement vous retarder, vous distraire ou vous inciter à abandonner prématurément, puis faites ce que vous pouvez pour éliminer ou minimiser les chances que cela se produise. Assurez-vous d’avoir le champ libre pour au moins vos 5 premières sessions. S’il y a lieu, vous pouvez commencer par acheter une partie du matériel dont vous pourriez avoir besoin. Si votre objectif implique que vous passiez moins de temps devant la télé, le cellulaire ou l’Internet, vous pouvez commencer tout de suite à prendre l’habitude de délaisser ces trucs (lien explicatif à venir bientôt). S’il implique que vous alliez dormir plus tôt le soir et que vous vous leviez un peu plus tôt le matin, vous pouvez commencer à peu à peu changer votre rythme de sommeil (autre lien explicatif à venir bientôt).
  • Y a-t-il des petits ou grands sacrifices que vous devriez faire? Devriez-vous cuisiner quelques repas à l’avance? Annuler vos soirées de poker le mardi? Terminer tout de suite ces trois trucs que vous procrastinez depuis des mois? Vous désabonner de Netflix? Détruire votre cellulaire à l’aide d’un marteau-piqueur? Jeter votre coloc à la rue? Divorcer? Quitter votre emploi et aller vivre dans le bois? Donnez vos enfants en adoption? Tous les moyens sont bons! Plus sérieusement, faites simplement ce que vous pouvez pour mettre les chances de votre côté. Si vous ne pouvez libérer que quelques brèves périodes par semaine, c’est déjà beaucoup mieux que rien. Les conseils écrits ici ne devraient surtout pas être interprétés comme une permission de procrastiner votre projet indéfiniment en attendant que des conditions parfaites puissent être réunies.

Engagement

  • Ok maintenant c’est l’heure de rédiger un contrat en bonne et due forme que vous allez signer avec votre propre sang en présence de votre famille, votre avocat, Dieu le Père et Satan le Prince des ténèbres. Bon d’accord, vous n’avez peut-être pas besoin de signer de contrat, mais cela vaut quand même la peine de vous engager d’une façon ou d’une autre. Il est facile de formuler de belles résolutions, il est plus difficile de les mettre en pratique. S’engager envers soi-même, c’est bien, mais les risques d’abandon sont élevés. Vous pouvez parler de votre projet à d’autres. Vous pouvez l’annoncer sur Facebook. Vous pouvez même mettre de l’argent en jeu, soit avec des amis, soit avec des outils comme Beeminder ou Stickk.com.
  • Ayez conscience que les premières heures d’apprentissage risquent d’être souvent difficiles, parfois pénibles ou même un peu humiliantes. C’est durant ces moments que ça va être le plus tentant d’abandonner et d’aller sur Netflix à la place. C’est normal! On ne peut pas être bon du premier coup. Le préengagement que vous faites maintenant est là pour vous aider à traverser ces difficultés initiales. Une fois que vous aurez accumulé vos 20 premières heures de pratique, vous serez libre de décider si vous souhaitez continuer ou passer à autre chose.

Recherche préparatoire

  • Que ce soit en ligne ou en personne ou à travers la lecture, consulter les experts peut nous épargner d’innombrables d’heures d’efforts à moitié gaspillés. Avec du matériel d’instruction de qualité, il est souvent possible de, par exemple, apprendre le mouvement de base de la jonglerie à 3 balles ou encore la méthode pour débutants pour résoudre un cube Rubik en l’espace de seulement quelques soirées, voir même à peine une heure ou deux pour bien des gens. À l’opposé, réussir à faire la même chose en improvisant par soi-même peut sembler pratiquement impossible. On souhaite aussi éviter d’apprendre incorrectement et de développer de mauvaises habitudes. Du point de vue d’un coach, il est souvent plus facile de former un complet débutant que d’enseigner la même chose à quelqu’un qui s’entraine incorrectement depuis trop longtemps.
  • On utilise cette période principalement pour découvrir précisément en quoi devraient consister les premières étapes de notre apprentissage. On peut aussi se garder un peu de temps (pas trop pour l’instant) pour explorer de façon plus vaste la discipline ou le domaine dans son ensemble. Juste assez pour comprendre une partie des plus grandes lignes. On peut en profiter pour regarder 3 ou 4 vidéos présentant des performances de haut niveau.
  • Vous pouvez vous acheter des livres ou des cours en ligne si vous le souhaitez. Vous pouvez aussi très bien vous contenter de quelques sites, articles ou vidéos trouvés gratuitement en ligne. J’aimerais bien pouvoir vous offrir une façon infaillible de distinguer les sources fiables de celles qui le sont moins ou pas du tout, mais vous aller malheureusement devoir faire votre propre travail de détective et vous ultimement vous fier à votre jugement. Si vous regardez au moins brièvement une variété de sources différentes, cela devrait légèrement réduire les risques que vous vous basiez principalement sur une source de qualité douteuse. Vous pouvez explorer brièvement les forums de discussions (Reddit en a sur tous les sujets), conserver un certain scepticisme face à ce qui y est publié, mais remarquer les noms et les sources qui sortent le plus souvent. Si vous choisissez d’acheter un livre ou un programme quelconque, vous pouvez chercher les critiques et commentaires qui ont été publiés. Gardez en tête que les opinions exprimées sont à prendre avec discernement. Elles peuvent être mal informées ou encore être le simple reflet des préférences et des biais de ceux et celles qui les ont formulés. Et s’il y a de l’argent en jeux, c’est bien possible que certains des commentaires que vous allez trouver soient en réalité des publicités déguisées.
  • Pour certaines habiletés plus simples, ce travail de recherche préparatoire peut ne durer que plus ou moins une trentaine de minutes. Même pour des projets plus ambitieux, il ne devrait normalement pas durer plus de disons 3, 4 ou 5 heures. Nous n’avons pas besoin de beaucoup d’instruction avant de pouvoir nous attaquer aux premières étapes de l’apprentissage. Une grande partie de ce que vous pouvez lire ou entendre sur des sujets complexes n’aura que bien peu de sens si vous n’avez pas d’abord pris la peine d’acquérir certaines connaissances et compétences de base. En soit il n’y a rien de mal à vouloir faire davantage de lectures et de recherches, mais il faut éviter d’inconsciemment utiliser cela comme une forme de procrastination.

Désolé le temps que vous allez consacrer à la période de préparation décrite ci-dessus ne compte pas dans mes “20 heures de pratique”. Fausse représentation oui je sais… Mais à mon avis, comme je viens de le mentionner, il est généralement préférable de minimiser la durée de cette période à pas plus de quelques heures.

 

Principes à prendre en compte pour des périodes d’apprentissage plus efficaces

Information

  • J’ai déjà parlé de l’importance d’un certain travail de recherche préparatoire. J’ajoute “Information” ici pour trois raisons: 1- J’avais besoin d’un autre mot en “i” pour faire un acronyme plus mémorable avec mes différents principes. 2- Parce que vous allez très probablement devoir effectuer d’autres recherches à différents moments de votre apprentissage. Avoir accès à des instructions précises, adéquates et bien formulées peut apporter une aide inestimable aux apprenants de tous les niveaux. 3- Pour vous rappeler de conserver une attitude de modestie et d’ouverture d’esprit face à chacun des défis que vous allez affronter. Cela vaut souvent la peine d’oublier un moment tout ce que vous pensez connaitre sur un sujet et de recommencer à zéro sur des fondements plus solides. Si on vous dit de procéder d’une façon et que vous ignorez les instructions parce que “votre méthode personnelle” vous semble plus logique, plus facile ou plus intuitive, c’est possible que ce ne soit pas une mauvaise idée, mais c’est aussi bien probable que vous développiez de mauvaises habitudes qui vont tôt ou tard finir par vous nuire. Je vais citer un vieux philosophe stoïcien grec pour donner une aura de prestige à mes propos: “Il est impossible pour un homme d’apprendre ce qu’il pense déjà savoir”. La citation est attribuée à Épictète, ou Epictetus en anglais. Dans le même ordre d’idée, notons que plus l’on connait un domaine, plus on réalise l’ampleur de notre ignorance. On ne peut jamais finir d’en apprendre sur un sujet complexe. Même si vous devenez un expert ou une experte, il y a aura toujours quelqu’un quelque part qui pourra vous enseigner quelque chose d’important que vous ignorez ou méconaissez. Gardez toujours en tête l’idée vous pouvez vous tromper et restez prêt à réajuster vos idées et vos stratégies.

Division

  • De tous les principes mentionnés ici, celui-ci est clairement l’un des plus importants. Règle générale, rien n’est particulièrement difficile si vous divisez la tâche en une série d’éléments plus simples qui peuvent être d’abord pratiqués séparément avant d’être combinés. Résoudre un cube Rubik, par exemple, ce n’est pas un truc difficile, c’est plusieurs dizaines de trucs très faciles. La même chose est vraie pour la plupart des habiletés complexes.
  • Ce processus de division en éléments plus simples peut être poursuivi aussi longtemps que cela semble utile ou nécessaire. Une chorégraphie de danse peut par exemple être divisée en une série de mouvements qui, au besoin, peuvent à leur tour être divisés en éléments encore plus simples. Même chose pour un dessin ou une partition ou une phrase dans une autre langue. Même un seul mot un peu difficile peut être séparé en une série de 2 ou 3 blocs ou syllabes avant d’être prononcé et mémorisé au complet. On ne souhaite pas pousser le processus de division plus loin que nécessaire et rendre la tâche trop facile et ennuyante. D’un autre côté, on ne doit pas hésiter à y avoir recours à chaque fois que cela peut nous rendre service.
  • Comme j’explique plus bas sur cette page, une fois atteinte une certaine compétence de base avec les fondements, il devient rapidement pertinent de faire le contraire et de pratiquer de façon mélangée différents concepts et habiletés qui sont interreliés. La recherche n’est pas toujours claire sur le sujet, mais il semble sage d’alterner entre la pratique d’éléments très spécifiques et la pratique plus générale d’une habileté dans son ensemble.

Sélection

  • Tenter de tout apprendre en même temps, c’est une excellente façon de se rendre nulle part à toute vitesse. Il faut plutôt se concentrer d’abord sur les éléments les plus fondamentaux, ceux qui vont produire un maximum de résultats. Dans un peu tous les domaines, cela vaut la peine de garder en tête ce qu’on appelle le principe Pareto et de concentrer ses énergies sur les 20% d’activités qui vont vous apporter 80% des résultats. Pour l’apprentissage d’une langue par exemple, on concentre ses efforts sur la prononciation, sur les 1000 ou 2000 ou 3000 mots les plus communément utilisés et sur la grammaire de base. À la guitare, vous pouvez jouer une bonne partie des chansons les plus populaires des dernières décennies en vous concentrant seulement sur 4 accords. Et je ne connais pas vraiment le Jiu-Jitsu, mais je suis certain qu’il existe une série de techniques de base qui sont suffisantes pour remporter la grande majorité des combats.

Séquence

  • Les éléments à apprendre doivent bien sûr être ordonnés de façon logique. Si une action semble être beaucoup trop difficile, c’est probablement parce que vous avez négligé certaines étapes en cours de route. On n’ignore pas les mathématiques élémentaires avant de s’attaquer aux mathématiques avancées. On ne mémorise pas des mots de mandarin si on est incapable de bien identifier et différencier les sons qui les composent. On n’apprend pas à faire un backflip si l’on est présentement incapable de sauter suffisamment haut. Et on ne tente pas de révolutionner l’astrophysique si les concepts de base du domaine nous échappent. Règle générale, il faut d’abord s’assurer de bien maitriser les fondements avant de s’attaquer aux éléments plus complexes. On peut à l’occasion tenter quelque chose qui est bien au-delà de nos habiletés actuelles, mais la majorité de notre temps et de nos efforts devrait être consacrée soit au perfectionnement des éléments fondamentaux d’une habileté (travailler ses gammes au piano par exemple), soit à des défis qui sont à notre niveau ou légèrement au-dessus.

Intensité

  • C’est un thème qui revient constamment sous différentes formes dans l’entrainement des experts. On peut procéder de façon plus relaxe lorsque l’on s’amuse ou lorsque l’on consolide quelque chose que l’on maitrise déjà relativement bien. Mais lorsqu’on souhaite s’améliorer, on ne peut pas se contenter de simplement répéter ce que l’on connait déjà en écoutant de la musique. Il faut se donner des objectifs spécifiques qui sont légèrement au-delà de notre zone de confort. L’apprentissage se fait de façon plus efficace lorsqu’il est un peu difficile, mais sans être décourageant. “Desirable difficulties” que ça s’appelle. Même si l’on peut viser plus haut ou plus bas à l’occasion, un niveau de difficulté qui est environ 4% au-delà de sa zone de confort est une bonne règle générale. Cela peut vouloir dire tenter quelque chose de complètement nouveau pour nous. Cela peut aussi vouloir dire que l’on pratique quelque chose que l’on connait déjà, mais qu’on tente d’exécuter avec plus de précision, plus de consistance ou plus de rapidité. Idéalement, les objectifs fixés devaient avoir de bonnes chances d’être atteints au cours des deux ou trois prochaines séances de pratique.
  • De plus brèves périodes d’efforts intenses valent davantage que de bien plus longues périodes d’efforts modérés. Autant que possible, éliminez toutes les sources de distraction et tentez de consacrer 100% de votre attention à l’activité.  Pour pouvoir atteindre le niveau de concentration nécessaire, n’oubliez pas de bien dormir tous les soirs, de laisser votre cellulaire dans un coffre-fort et de prévenir toutes les interruptions possibles en installant une série de mines antipersonnelles devant votre porte.
  • Sachez aussi que, si vous allez voir vos courriels ou votre cellulaire ou Twitter ne serait-ce que 30 secondes durant vos pauses, cela risque fort de vous laisser avec ce qu’on appelle des “attention residue”. Le courriel ou l’article ou le message texte que vous avez aperçu un bref moment va continuer d’accaparer une bonne partie de votre attention longtemps après que vous ayez cessé de le regarder. Difficile d’être concentré alors qu’on est consciemment ou inconsciemment occupé dans notre tête à réfléchir aux conséquences des dernières nouvelles ou à penser au message qu’on va devoir envoyer plus tard.
  • Beaucoup plus pourrait sans doute être écrit sur l’état d’esprit qu’il est idéal de cultiver pour la performance et l’apprentissage. Je dois admettre que ce sujet reste encore un peu mystérieux pour moi et que je ne suis pas 100% certain de la validité des idées que je m’apprête à partager. Je pense que l’état d’esprit optimal existe, mais que bien peu nombreux sont les gens qui parviennent à systématiquement l’atteindre sur commande. Avoir de l’expérience avec la pratique régulière de la méditation ou celle d’autres activités demandant de la concentration est probablement un atout. Même si on vise généralement à rester calme, une petite dose de tension peut aider à nous maintenir alerte. Dans tous les cas, contrôler ses émotions et son attention est un art qu’on ne peut pas s’attendre à maitriser du jour au lendemain. Peu importe, il reste tout à fait possible de continuer d’apprendre et de s’améliorer dans des conditions qui sont loin d’être idéales.
  • Idéalement, on ne gaspille pas une seconde d’énergie à être irrité par le petit bruit venant la pièce à côté. On ne s’inquiète pas du courriel important qu’on va devoir rédiger plus tard dans la journée. On reste dans le moment présent et on fait de notre mieux sans penser au fait que telle ou telle personne qu’on a vue sur Internet est parvenue à devenir deux fois meilleure que nous en deux fois moins de temps.
  • Dans la mesure où il est possible de contrôler son attention, on tente de la distribuer de façon aussi intelligente que possible. La grande majorité de notre concentration devrait être dirigée vers l’aspect particulier que l’on tente d’améliorer. On continue de surveiller vaguement tout le reste, mais l’essentiel de notre attention est orienté vers l’aspect le plus nouveau et le plus difficile. Si vous pratiquez un nouveau mouvement de danse par exemple, vous allez utiliser disons 80% de votre attention à comprendre et à exécuter le mouvement et peut-être 20% à vous assurer que tout le reste (le pas de base) est encore sous contrôle. Si vous avez procédé étape par étape, normalement la majorité de ce que vous avez déjà appris est assez bien maitrisée pour ne pas vous demander trop d’énergie et d’attention. Si vous vous sentez complètement surchargé et incapable de vous concentrer, c’est peut-être un signe que vous devriez reculer quelques pas en arrière et continuer de travailler les fondements pendant un moment.
  • Gérer son énergie est encore plus important que de gérer son temps. Prenez régulièrement de petites pauses pour recharger vos batteries. Lorsque vous êtes épuisé, ce n’est probablement pas le meilleur moment pour tenter de repousser vos limites au maximum. Si votre niveau de concentration et d’énergie est faible, généralement mieux vaut soit se reposer, soit travailler à perfectionner ou à entretenir une sous-habileté plus simple.
  • Vous pouvez aussi observer et tenir compte de la fluctuation de vos niveaux d’énergie au cours d’une même pratique. Typiquement au cours d’une pratique d’une heure, je vais commencer par des trucs plus simples, histoire de me réchauffer. Puis, alors que mon niveau d’énergie est encore à son maximum, je vais tenter de légèrement repousser mes limites de différentes façons, avec différents exercices. Si je souhaite continuer de me pratiquer mais que mon niveau d’énergie n’est plus à son meilleur, je vais alors travailler à perfectionner certaines sous-habiletés ou certains fondements un peu plus simples. À la toute fin, je vais tenter de terminer avec quelque chose de pas trop difficile, mais de (presque) parfaitement exécuté.
  • Tentez autant que possible de toujours terminer sur une note positive, sur un mouvement ou action relativement bien exécuté. C’est en partie une façon d’être plus motivé à vouloir recommencer la prochaine fois. C’est aussi surtout une façon de vous assurer que la dernière action qui va plus tard être rejouée plusieurs fois dans votre cerveau a été aussi bien réalisée que possible. Les chances sont bonnes pour qu’après quelques bonnes nuits de sommeil, le mouvement ou l’action deviennent soudainement beaucoup plus facile à exécuter. 

Fréquence

  • Combien de pratiques par semaine allez-vous faire? Et combien de temps vont-elles durer? Cela vaut la peine de réfléchir un moment à ces questions. Si vous pratiquez beaucoup trop peu fréquemment, une bonne partie de votre temps risque de servir à réapprendre ce que théoriquement vous savez déjà, mais que vous avez commencé à oublier. Si au contraire vous pratiquez constamment, vous allez vite atteindre le point de “diminishing return” où vos efforts vont être de moins en moins utiles. Pire encore, si vous vous épuisez sans cesse et que vous ne prenez jamais le temps de vous reposer et de bien consolider ce que vous avez appris, vous risquez fort d’apprendre incorrectement certaines techniques de base et de développer des mauvaises habitudes qu’il sera difficile “d’oublier” par la suite.
  • Différentes façons de procéder peuvent être efficaces. Le régime de pratique ou d’étude “idéal” peut aussi varier au cours des différentes étapes de votre apprentissage. À plus long terme, vous pouvez généralement continuer à faire des progrès même si vos pratiques sont bien peu fréquentes. Mais durant les premières étapes de l’apprentissage, à mon avis mieux vaut viser un strict minimum de deux pratiques par semaine, sinon plus. Si c’est possible pour vous, l’idéal est de rester actif au moins un peu chaque jour, ou la plupart des jours. Les journées où vous serez particulièrement motivé, vous pouvez même faire une courte pratique le matin et une autre l’après-midi.
  • Règle générale, la fréquence est plus importante que la durée. Vingt minutes de pratiques quotidiennes valent davantage que cinq heures consécutives une fois par semaine. De la même façon, bien que je ne puisse pas le confirmer, je crois qu’une pratique de vingt minutes le matin et une deuxième l’après-midi vont souvent être plus fructueuses qu’une seule pratique d’une heure.
  • En ce qui concerne la durée de vos pratiques, si vous n’avez que cinq minutes à investir une journée, c’est déjà beaucoup mieux que rien. Au minimum cela permet de réactiver, d’entretenir et de solidifier au moins une partie de ce que vous avez déjà appris. 20 ou 40 minutes, c’est plus qu’assez pour s’améliorer au moins un peu chaque jour. Si vous avez davantage de temps et d’énergie, une période de 90 minutes de concentration permet de produire d’excellents résultats. Pour un débutant, c’est souvent inutile d’investir beaucoup plus que cela. Même pour les experts, les athlètes de haut niveau et les musiciens professionnels, rares sont ceux et celles qui vont régulièrement faire plus de quatre heures d’entrainement délibéré en une seule journée (quoique d’autres activités moins exigeantes peuvent être pratiquées le reste du temps). La fatigue risque de s’installer. Et si la fatigue s’installe, les erreurs deviennent plus fréquentes et les risques d’apprendre incorrectement deviennent plus élevés. Il y a des limites à ce qu’il est possible d’apprendre en une seule journée. Pour que l’apprentissage soit consolidé, il faut que nos périodes de pratiques soient séparées par des nuits de sommeil complètes. C’est durant les deux dernières heures d’une nuit de huit heures que la majorité de la magie s’opère.
  • Les mêmes questions devraient être posées pour plusieurs des sous-habiletés qui composent la compétence que vous travaillez. À quelle fréquence devriez-vous, par exemple, pratiquer vos gammes avec un instrument de musique, le simple pas de base dans une danse ou encore votre système de mémorisation des chiffres avec l’art de la mémoire? Et à quelle fréquence devriez-vous pratiquer ce mouvement que vous n’utilisez que très rarement? Difficile d’offrir des réponses précises à ces questions. Celles-ci vont varier selon vos objectifs et selon le niveau que vous avez atteint. Pour certaines sous-habiletés plus secondaires, à long terme c’est presque inévitable que de devoir en négliger une partie. Par exemple un musicien qui connait des centaines ou des milliers de mélodies différentes ne peut pas se permettre de toutes les pratiquer régulièrement. Règle générale, pour ne parler que pour moi-même, je peux bien longtemps négliger certains aspects ou certaines sous-habiletés plus superflus, mais je tente de pratiquer régulièrement tous les éléments fondamentaux qui peuvent encore être perfectionnés. J’évite habituellement de pratiquer très exactement la même chose pendant plus de 10 minutes consécutives. J’alterne entre de brèves périodes où je vais pratiquer un élément très spécifique versus d’autres où je vais introduire plus de variété et d’imprévisibilité.
  • Toutes les affirmations ci-dessus sont des généralités qui doivent bien sûr être réévaluées au cas pas cas. Sans pouvoir l’affirmer avec certitude, je soupçonne qu’il y a certains contextes le point de “diminishing return” arrive particulièrement rapidement et où il ne sert à rien ou presque d’étirer nos pratiques sur de trop longues périodes. Mieux vaut alors viser une “petite victoire” et attendre au lendemain avant de s’y remettre. Dans d’autres cas plus rares, il est possible que certaines compétences particulièrement complexes ne puissent être développées qu’en contexte d’immersion intensive.

Feedback

  • Dans un monde idéal, le feedback serait offert par un coach compétent, quelqu’un qui peut repérer toutes les erreurs qui vous échappent et vous suggérer des exercices pour les corriger. Sauf que les coachs compétents ne sont pas toujours faciles à trouver (en partie parce qu’on peut être doué pour une activité sans nécessairement savoir comment l’enseigner efficacement à des débutants) et ils ne sont généralement pas gratuits. Si vous ne visez pas les sommets, vous pouvez très bien parvenir à d’excellents résultats de façon autodidacte, sauf que vous allez devoir apprendre à analyser rigoureusement de votre propre performance. Régulièrement observer et analyser des performances d’expert (sur Youtube ou ailleurs) peut également être très instructif. Plus vous aurez en tête une image mentale claire et détaillée des différents éléments d’une excellente performance, plus vous parviendrez à vous autocorriger de façon autonome. Dans tous les cas, il faut éviter de simplement se mettre sur le pilote automatique et il faut trouver des façons de vérifier si vous êtes ou non sur la bonne voie. Si vous jouez au tennis par exemple, ne vous contentez pas de frapper la balle et de déclarer victoire à chaque fois qu’elle ne termine pas hors jeu ou dans le filet. Frappez-la d’une façon très spécifique, voyez si elle réagit exactement comme vous l’aviez prévu et tirez les conclusions qui s’imposent. Vous ne souhaitez surtout pas répéter mille fois la même erreur par inadvertance. Se filmer ou s’enregistrer peut être bien humiliant comme exercice, mais ça peut aussi être particulièrement instructif. Apprendre de façon approximative et imparfaite n’est pas un grand problème si vous êtes heureux de vous limiter au développement de certaines compétences de base. Mais plus vos objectifs à long terme sont ambitieux, plus il est important d’éviter de pratiquer incorrectement et de développer de mauvaises habitudes.

Analyse

  • L’analyse sert à interpréter le feedback et à réagir en conséquence. Quels sont les défauts à corriger? Quels types d’exercice pouvez-vous pratiquer pour y remédier? Comment s’y prendre pour continuer de s’améliorer? Il faut traiter son apprentissage comme un scientifique, mettre l’emphase sur ses faiblesses et expérimenter. Pour les joueurs d’échecs, le facteur numéro 1 qui prédit les progrès à long terme n’est ni le quotient intellectuel, ni le nombre de parties jouées, mais bien le temps passé à analyser ses anciennes parties.

Automaticité

  • Marcher sans tomber, manipuler un objet, formuler une phrase, attraper une balle, toutes ces habiletés semblent très simples, mais chacune n’est en fait possible que par la combinaison de je ne sais combien de “petites habiletés” devenues complètement automatiques et unies au sein d’un tout. “Attacher ses lacets” n’est peut-être qu’un seul truc simple dans votre tête, mais ce serait 1000 trucs si vous deviez programmer un robot pour qu’il puisse faire pareil. Lorsqu’on pense à toutes les différentes habiletés que vous avez dû développer pour apprendre à lire, en commençant par le “simple” fait de reconnaitre les différentes lettres, ça semble presque un miracle que vous y soyez parvenu. Si toutes les habiletés que je viens d’énumérer sont simples pour vous aujourd’hui, c’est parce que pour chacune de leurs composantes, vous avez développé ce qu’on appelle de l’”automaticité”. Vous reconnaissez sans effort que cette petite courbe zigzagante est un “S” et qu’elle produit différents sons lorsqu’elle est combinée avec d’autres lettres. Vous n’avez pas besoin de regarder chaque lettre l’une après l’autre pour reconnaitre en une fraction de seconde un mot complexe comme “compréhension”. Vous pouvez même vous permettre de sauter par-dessus certains petits mots sans que cela ne vous empêche de saisir le sens d’une phrase comme “Il n’y a rien de plus facile à lire qu’un livre d’Harry Potter.”
  • L’automaticité ne se construit pas du jour au lendemain. Ça se fait graduellement d’une façon que nous ne comprenons pas complètement. On sait que ça implique beaucoup de répétitions ainsi que plusieurs périodes de consolidation alors que nous dormons des nuits complètes. À part de vous pratiquer fréquemment, de porter attention à la forme et de toujours terminer les différentes parties de vos pratiques sur des succès (histoire d’augmenter les chances que ce soit ce que votre cerveau va retenir), je n’ai malheureusement pas beaucoup de conseils précis à offrir ici. Je souhaitais tout de même souligner l’importance de ce phénomène. À long terme, le perfectionnement des habiletés complexes consiste en bonne partie à développer de nouveaux automatismes (une nouvelle chanson ou une nouvelle technique par exemple) et à corriger les imperfections avec ceux que nous avons déjà acquis. Le fait que plusieurs des composantes de l’habileté que vous travaillez soient automatisées vous permet de rediriger votre énergie et votre concentration sur d’autres aspects. Sans cela, ce qu’on appelle la mémoire de travail ou mémoire à court terme devient rapidement surchargée. 
  • L’automaticité peut être à la fois votre meilleure alliée ou, lorsqu’elle est développée incorrectement sur de longues périodes, votre pire ennemie. Je sais que me répète un peu, mais cela vaut la peine de faire de son mieux pour éviter de développer des automatismes qui risquent de vous nuire à long terme. Dans mon cas, je pense entre autres à la façon dont j’ai passé des années à prononcer incorrectement les “th” en anglais et les “r” en espagnol. Je pensais naïvement que ces défauts de prononciation allaient magiquement finir par disparaitre juste en continuant d’avoir des conversations, mais c’est presque le contraire qui s’est produit. Remplacer complètement une habitude fermement acquise par une nouvelle, c’est possible, mais ce n’est pas toujours simple.

Variété

  • J’ajoute ce principe pour deux raisons. D’abord parce qu’il faut souvent attaquer un problème sous différents angles avant de parvenir à trouver une solution. Répéter continuellement les mêmes exercices de la même façon est rarement une façon optimale d’apprendre.
  • L’autre raison, c’est que j’ai été grandement surpris par les résultats des études qui comparent ce qu’on appelle “interleaving practice” versus le “blocked practice”. “Blocked practice” consiste à pratiquer un moment le truc A, puis les trucs B, C et D, le tout de façon prévisible et ordonnée. “Interleaving practice” consiste alterner constamment de façon imprévisible entre différents types de problèmes qui sont interreliés. Les recherches semblent claires, lorsqu’on les compare de façon séparée, “blocked practice” produit de meilleurs résultats à court terme, “Interleaving practice” produit de meilleurs résultats à moyen et long terme. Apparemment l’imprévisibilité produit des compétences plus flexibles qui s’adaptent davantage à différents contextes. Note importante: Ce n’est pas l’impression des volontaires qui ont pris part à ces recherches. Ceux-ci préfèrent grandement la “blocked practice”. Ils trouvent que l’”interleaving practice” est frustrante et ne leur permet pas de progresser. Comme quoi nos intuitions et nos impressions ne sont pas toujours valides.
  • Cela dit, pour plusieurs raisons, ils semblent clairs que les deux types de pratique sont absolument essentiels. Un bon programme d’entrainement va nécessairement faire appel aux deux. Bien des habiletés complexes sont pratiquement impossibles à maitriser sans avoir d’abord été divisées en éléments plus simples. À plus long terme, les experts peuvent passer des éternités à perfectionner tel ou tel petit détail de leur art. Un joueur de basketball qui ne pratique jamais systématiquement jamais les lancers depuis la ligne de trois points ne parviendra pas à maitriser les techniques qui permettent de les réussir. Si une situation particulière ne se produit en moyenne qu’une fois tous les deux matchs, ce sera bien difficile d’apprendre à y répondre de façon parfaitement adéquate. D’un autre côté, un autre joueur qui ne s’entraine qu’en solitaire dans un environnement tranquille et contrôlé peut développer des habiletés techniques impressionnantes, mais il risque fort d’être pris au dépourvu par le chaos des vraies parties. “Blocked practice” permet de simplifier la complexité et de corriger les imperfections. “Interleaving practice” nous sort de notre zone de confort et produit des compétences plus flexibles.

Entêtement

  • On persévère malgré les difficultés, au moins durant les 20 heures que vous vous êtes engagé à investir. Mettez l’emphase sur le processus plutôt que sur les résultats à court terme. Si vous avez décidé de vous pratiquer 5 jours par semaine pendant 40 minutes le midi, votre principal objectif devrait d’abord être de parvenir à maintenir ce rythme. Même chose si vous ne visez que 20 minutes le samedi après-midi et 20 minutes le mercredi soir. Les résultats ne seront pas toujours visibles à chaque jour, mais ils viendront bien assez tôt. Dans la plupart des cas, vous devriez commencer à obtenir des résultats encourageants après vos premières 4 ou 5 heures de pratique (une semaine donc si vous investissez une quarantaine de minutes par jour).

 

Principes à prendre en compte pour la consolidation et les progrès à plus long terme

Mise à l’épreuve

  • J’explique le principe de mise à l’épreuve ou de “retrieval practice” sur la page de ce site qui porte sur la mémorisation à long terme (lien à venir bientôt). Ce principe est tout aussi valide pour lorsque nous travaillons le développement de nouvelles compétences. Pouvez-vous mettre en pratique votre nouvelle habileté dans une variété de contexte. Pouvez-vous expliquer ce que vous avez appris à quelqu’un sans regarder vos notes? Pouvez-vous jouer vos chansons sans regarder vos partitions? Pouvez-vous faire votre chorégraphie de danse de mémoire? Pouvez-vous faire la même chose même si cela fait longtemps que vous ne l’avez pas pratiqué? Le fait de, une fois de temps en temps, réactiver vos souvenirs ou vos habiletés va grandement contribuer à les consolider à long terme. Une fois qu’une compétence est bien développée, ces petits exercices de réactivation peuvent devenir de moins en moins fréquents avec le temps.

Mnémoniques

  • S’il y a lieu, toute tâche qui implique que vous reteniez de nouvelles informations peut être facilitée et accélérée par l’utilisation de techniques de mémorisation. Ces techniques sont brièvement décrites sur cette page (lien à venir bientôt) et plus en détail ailleurs sur ce site. Plus bas sur la page que vous lisez présentement, j’explique aussi de quelles façons la mémorisation peut parfois jouer un rôle utile même dans des domaines axés sur les habiletés techniques.

Synthèse

  • Pouvez-vous résumer en une seule page les grandes lignes de ce que vous avez appris? Qu’est-ce que vous souhaitez retenir à long terme? Je pense ici notamment à comment le célèbre astronaute Chris Hadfield va étudier tous les appareils et les processus sur une navette spatiale et les résumer chacun sur une page différente. Le fait de rédiger ce résumé va vous aider à identifier les points les plus importants et cela va aussi vous aider à les retenir. Cette étape est particulièrement utile si vous avez déjà investi vos 20 heures de pratique et que vous souhaitez passer à autre chose, mais que vous ne voulez pas oublier ce que vous avez appris. Vous pouvez ensuite choisir de mémoriser cette page à l’aide d’un palais de mémoire, ou vous pouvez la conserver précieusement quelque part pour une éventuelle utilisation future. Si vous continuer de pratiquer l’activité régulièrement, c’est possible dans certain cas que ce travail de synthèse devienne superflu et qu’il puisse être procrastiné plus ou moins indéfiniment.

Suivi

  • Une fois que vous aurez atteint un niveau de compétence avec lequel vous serez satisfait, vous pouvez vous permettre d’être fier et de célébrer, mais cela ne signifie pas nécessairement que votre périple est maintenant complètement terminé. À vous de voir selon la nature de vos objectifs et vos priorités. Souhaitez-vous vous améliorer encore davantage? Souhaitez-vous continuer avec le même programme d’entrainement que vous avez présentement? Souhaitez-vous simplement réduire le rythme? Souhaitez-vous faire le strict minimum pour entretenir ce que vous avez appris? Souhaitez-vous arrêter complètement? Ces questions valent la peine d’être posées si vous venez de terminer vos 20 premières heures de pratique et que vous vous demandez si vous souhaitez continuer. À plus long terme, elles sont aussi pertinentes pour chacune des sous-habiletés (tel mouvement, telle chanson, telle technique ou tel concept) que vous n’utilisez pas nécessairement souvent.
  • Si vous arrêtez complètement du jour au lendemain, vous allez devoir accepter le fait que vous allez probablement perdre peu à peu au moins une partie de ce que vous avez appris. Ce n’est pas nécessairement un problème, à vous de voir. Si vous décidez de vous y remettre un jour, le processus de réapprentissage ne devrait pas être trop long ou trop difficile.
  • Si vous souhaitez seulement faire le strict minimum pour conserver ce que vous avez appris, je ne suis pas certain de savoir exactement en quoi devrait consister ce “minimum”. Je recommanderais alors de vous inspirer des principes de la répétition espacée: on attend disons une semaine avant de vérifier si on est encore en mesure de pratiquer l’habileté. Puis deux semaines. Puis un mois, deux mois et ainsi de suite. Éventuellement, une seule pratique à tous les 4, 6 ou même 12 mois pourrait être suffisante pour maintenir votre niveau. Bien entendu, s’il s’agit d’une habileté que vous utilisez dans le cadre de votre travail ou de votre vie de tous les jours, ces occasions de mettre en pratique ce que vous avez appris devraient être suffisantes pour que vos compétences puissent être consolidées. Nul besoin alors de vous préparer un plan de révision à long terme.
  • Maintenant que vos compétences de base sont plus solidement développées, c’est tout à fait possible de continuer de vous améliorer en pratiquant seulement une fois par semaine ou quelques fois par mois. Les progrès vont bien entendu être plus rapides si vous maintenez un rythme plus soutenu. À vous de voir encore une fois.

Système

  • Si vous choisissez de continuer la pratique de l’activité au-delà de quelques semaines, cela va devoir devenir une véritable habitude de vie, soit quelque chose que vous faites automatiquement sans vous poser trop de questions. Un peu comme se brosser les dents. La nature exacte de vos pratiques doit pouvoir rester flexible et être réajustée aussi souvent que nécessaire selon vos priorités du moment et selon les feedbacks. Mais le fait de se pratiquer ou non doit être automatique, pas une décision qui dépend de votre humeur et que vous reprenez à chaque jour ou chaque semaine. Il ne suffit pas d’avoir des objectifs, il faut aussi avoir des systèmes mis en place pour progresser un peu plus chaque jour. Dans ce contexte, le mot “système” se réfère à une sorte de méthode de travail qui est adoptée à long terme et largement automatisée. La section de ce site qui porte sur les habitudes de vie (lien à venir bientôt) comporte davantage d’informations sur les différentes façons de faciliter le développement de nouvelles habitudes plus positives et plus ambitieuses.

Et voilà! C’était mon “bref” résumé des principaux éléments à mettre en pratique pour développer relativement rapidement et efficacement de nouvelles habiletés et pour continuer de s’améliorer à long terme. C’est un “work in progress” et je m’attends à ce que dans le futur, à mesure que je continue d’en apprendre sur le sujet, je vienne nuancer ou préciser certains principes ou en ajouter de nouveaux.

Vous avez maintenant vu l’essentiel. Le reste de cette page est complémentaire et pertinent, mais je ne vous en voudrai pas si vous souhaitez l’ignorer.

 

Liens optionnels complémentaires sur l’apprentissage autodidacte:

  • TED talk de 19 minutes sur comment il est possible de passer du niveau complet débutant au niveau intermédiaire en seulement une vingtaine d’heures de pratique réparties sur quelques semaines. Plus longue entrevue avec l’auteur.
  • Exemple d’une méthode qui fonctionne. Ou si vous préférez, la même méthode présentée avec showmanship et anecdotes hors du commun dans une conférence de 24 minutes.
  • Cours en ligne gratuit et excellent sur l’apprentissage. Résumé de l’excellent ouvrage sur lequel le cours en ligne ci-dessus est basé.

 

 

 


Section 3 – Informations complémentaires


 

Comment retenir tout cela?

Si quelques motivéEs souhaitent mémoriser tous ces principes, vous pouvez les placer dans un palais de mémoire comme on vous enseigne à faire ailleurs sur ce site. “Entreposer” une vingtaine de mots sous forme d’images dans une ou deux pièces ou dans un petit coin de votre parc préféré, ce n’est rien lorsque l’on sait comment s’y prendre. Ou encore vous pouvez choisir d’utiliser les ridicules acronymes que j’ai mis sur cet atrocement laid fichier Microsoft Paint. Chaque lettre majuscule se réfère à l’un des principes présentés et chaque lettre imagée se réfère à deux ou trois principes. Les lettres minuscules ne sont là que pour faire des mots un peu plus mémorables. Pour le dernier acronyme “MS”, je vous laisse choisir à quel mot il peut vous faire penser. Mission? Miss? Mister? Muse? Message? Massage? Messe? Mouse? Mousse? Musique? Moustache? “OPÉRation MouStache: une IDée SI FAVorablE“, ça ressemble presque au titre d’un bon film pour enfants.

Ça peut sembler beaucoup pour bien des gens, mais je pense que cela vaut la peine de mémoriser au moins une partie des principes qui sont directement liés à la pratique (IDée SI FAVorablE). Et cela vaut aussi la peine de vérifier si vous pouvez expliquer ce en quoi ils consistent en une ou deux phrases chacun.

Cela m’arrive encore aujourd’hui d’avoir de la difficulté à apprendre quelque chose, de réviser brièvement ces principes dans ma tête et de me demander qu’est-ce que je recommanderais à quelqu’un qui aurait des difficultés similaires. Le plus souvent la solution à mon problème tourne autour d’un ou de plusieurs de ces éléments:

  • Je dois faire quelques recherches complémentaires sur le sujet. Si quelque chose me semble difficile à comprendre, je vais chercher une source alternative qui peut me réexpliquer d’une autre façon.
  • Diviser la tâche en éléments plus simples.
  • Voir s’il y a quelque chose d’autre que j’aurais dû apprendre avant de m’attaquer à ce défi
  • Varier certaines de mes méthodes de pratique.
  • Travailler un peu plus souvent et plus longtemps un aspect particulier que j’avais négligé.
  • Les cas les plus pénibles et les plus longs à corriger sont ceux où je dois désapprendre et réapprendre quelque chose que j’ai longuement pratiqué de façon incorrecte.
  • Juste être patient. Parfois les périodes où l’on a l’impression de stagner nous permettent en fait de consolider nos habiletés de base et de rendre possible les progrès futurs. N’oubliez pas que l’apprentissage se produit en grande partie entre les pratiques, pendant qu’on dort la nuit. C’est souvent stupéfiant à quel point une sous-habileté peut soudainement nous sembler beaucoup plus facile après une pause d’une journée ou de quelques jours.

 

Quelques précisions concernant l’apprentissage des langues

Les mêmes principes que je viens d’énoncer s’appliquent, mais cela vaut la peine d’aborder le sujet de façon un peu plus spécifique. Cliquez ici si vous souhaitez lire mes quelques précisions sur le sujet.

 

Comment trouver le temps et l’énergie?

J’ai déjà un peu abordé ce sujet en parlant de l’importance de la “planification”. À vous d’organiser votre vie en conséquence et de faire les sacrifices qui s’imposent. Je ne dis pas que c’est facile ou même possible pour 100% des gens dans 100% des situations, mais ça l’est davantage que vous ne l’imaginez. Combien de temps libre avez-vous par semaine? Certainement très peu si vous êtes une mère monoparentale qui occupe un emploi à temps plein et un autre à temps partiel. Mais pour la plupart d’entre vous, si vous calculez rigoureusement le temps dont vous disposez, vous risquez d’être bien surpris par la réponse.

À mon avis le principal défi pour bien des gens, y compris moi-même, ce n’est pas tant de trouver le temps, c’est plutôt de:

  • Organiser sa vie, son sommeil et son alimentation de façon à maintenir un bon niveau d’énergie à chaque jour.
  • Se charger de toutes les tâches qui nous empêchent d’avoir l’esprit libre avant de poursuivre nos projets.
  • Se débarrasser des mauvaises habitudes qui nous accaparent durant une si grande partie de nos journées.
  • Avoir le courage de se lancer des défis qui peuvent sembler intimidants.

Aucun de ces problèmes n’est simple et je n’ai pas de solution miracle. J’ai tout de même pris soin de vous présenter de nombreuses “pistes de solution” dans la section “Encore plus important que tout le reste” de ce site (lien à venir bientôt).

 

Et le fun dans tout cela?

Je ne vous mentirai pas: plaisir et efficacité ne travaillent pas toujours en parfaite harmonie. Si vous voulez seulement avoir du fun, vous allez vous améliorer quand même, mais ça va se faire de façon plus lente et tôt ou tard vous allez stagner. Selon Anders Ericsson, l’entrainement délibéré est rarement perçu comme étant amusant par ceux et celles qui le pratiquent de façon très sérieuse. Je dois dire que je ne suis pas complètement en accord avec cette affirmation. Moi au moins j’aime ça, surtout quand ça va bien et que je vois que je m’améliore. Même mes soi-disant “mauvaises journées” peuvent aussi être gratifiantes. Ça me demande des efforts, mais ce sont des efforts que je ne regrette jamais d’avoir investis. J’ai de la difficulté à imaginer que les multitudes d’athlètes et d’artistes à travers le monde puissent parvenir à maintenir leur motivation année après année sans en tirer au moins une certaine forme de satisfaction.

Cela dit, je ne tenterai certainement pas de vous convaincre de ne viser que l’efficacité en toute circonstance. À vous de trouver la formule qui vous convient et qui vous permet de maintenir la motivation. En ce qui me concerne, je dirais qu’entre 50 et 80% de mon temps de pratique est conçu pour être aussi efficace que possible. Je n’ai pas l’impression de moins m’amuser pour autant. Pour d’autres activités (les échecs et le cube Rubik dans mon cas), je veux juste me détendre et m’amuser et ça ne me dérange aucunement de ne pas beaucoup m’améliorer.

 

Idées possibles d’habiletés à développer et de connaissances à acquérir:

  • L’art de la mémoire! Ben oui of course!
  • La cuisine. Je suis un hypocrite d’oser écrire cela ici considérant le fait que je procrastine “apprendre à cuisiner” depuis au moins quelques siècles.
  • La méditation (lien plus complet à venir bientôt). Ça ne s’apprend pas du tout de la même façon que la guitare et c’est plus une habitude de vie que quelque chose qu’on va pratiquer pendant 20 heures avant de se déclarer “compétent”. C’est aussi, d’une certaine façon, une habileté qui se développe avec le temps et qui transforme peu à peu une partie de nos façons d’être et d’interagir avec les autres. Si je pouvais remonter dans le temps pour enseigner quelques trucs à “jeune Francis”, la méditation serait dans le top 5 des sujets que j’aborderais en priorité.
  • Apprendre à taper au clavier rapidement en utilisant ses 10 doigts. Une habileté qui à long terme peut littéralement vous sauver des milliers d’heures.
  • Réapprendre correctement les principales règles de la grammaire française.
  • La jonglerie. Incontestablement (dans ma tête) la plus merveilleuse des activités au monde. Je pense aussi que cela apporte énormément de bénéfices indirects dans d’autres aspects de nos vies.
  • Le cube Rubik. Une activité étrangement relaxante. C’est aussi la façon la plus facile de donner l’impression d’être intelligent sans nécessairement l’être. Je l’ai déjà mentionné, mais si vous ne visez que les fondements les plus basiques (résoudre le cube avec la méthode pour débutant ou jongler 3 balles pour au moins quelques lancers), on peut apprendre à jongler ou à résoudre un cube Rubik en quelques soirées. Certains parviennent même à ce résultat en seulement une heure.
  • Les calculs mentaux. Les fondements des mathématiques.
  • Les principes de base de la logique et du scepticisme. Les fonctionnements de ce qu’on appelle les biais cognitifs. Comment nous sommes tous biaisés à différents degrés et comment nous avons tous tendance à interpréter la réalité de façon à protéger nos façons de voir le monde.
  • Les fondements de la science. Comment fonctionne notre Univers. (Excellents livres en lien, parmi les rares qui peuvent expliquer ces sujets complexes de façon à ce que qui que ce soit puisse comprendre et rester captivé. Ça plus la série Cosmos sur Netflix, c’est assez pour se sentir beaucoup moins ignorant sur ces sujets fondamentaux et pas toujours simples.)
  • J’ai mille autres idées, mais je vais d’abord prendre la peine de trouver des liens vers des ressources de qualité avant de les ajouter ici.

 

À quoi peut ressembler un rythme de progression plus ou moins normal?

Pour répondre en partie à cette question, j’ai cru bon de concevoir ce magnifique petit graphique:

Pas besoin j’espère de vous dire que ce graphique ne prétend pas être une représentation scientifique de quoi que ce soit. L’objectif est de simplement vous donner une idée générale de ce à quoi vous pouvez vous attendre. La période “ignorance crasse” est celle qui précède la recherche préparatoire et où, si vous tentez de vous pratiquer sans savoir comment procéder, vous allez développer de mauvaises habitudes qui vont davantage vous nuire qu’autre chose. Une fois que vous serez prêt à commencer, les progrès devraient être relativement rapides, mais le processus peut initialement être bien difficile. Après 3 ou 4 ou 5 ou au pire 10 heures, vous commencez à être meilleur et à avoir du plaisir. Félicitations, mais si vous vous arrêtez là, vous allez passer à côté de quelque chose de mieux et vous allez probablement bien vite oublier le peu que vous avez appris. Après approximativement une vingtaine d’heures, vous voilà enfin avec des compétences de base beaucoup plus solides et respectables. Vous avez de bonnes raisons d’être fier. Comme j’en ai déjà parlé, ça ne devrait pas être trop difficile ou accaparant que de parvenir à entretenir ces compétences à long terme.

 

Comment continuer de s’améliorer à long terme, éviter les plateaux et éventuellement développer une réelle expertise?

Tous les principes que j’ai mentionnés jusqu’à maintenant s’appliquent tout autant pour les projets à long terme. Une fois que vos compétences de base auront été développées, vous allez continuer de vous améliorer si vous persévérez, mais vos progrès ne seront pas toujours aussi réguliers et aussi rapides qu’ils ne l’étaient au départ. Cela va devenir de plus en plus vrai avec le temps. À beaucoup plus long terme, une fois qu’un certain niveau d’excellence a été atteint, s’améliorer consiste en bonne partie à gagner des petits 1% d’efficacité ici et là pour des aspects relativement mineurs. Éventuellement, ces petits gains finissent par s’additionner pour devenir beaucoup plus significatifs. Règle générale, plus votre niveau est élevé, plus il faut du temps pour l’augmenter significativement encore davantage. C’est bien moins long par exemple pour un débutant aux échecs de devenir un “bon joueur” que pour un “maître” de devenir un “grand maître”. Je fais de la jonglerie pour le plaisir depuis maintenant une décennie et j’ai encore l’impression de m’améliorer un peu durant la plupart de mes pratiques, mais ces améliorations ne sont pas nécessairement évidentes à remarquer vus de l’extérieur. Pour un exemple un peu extrême, pensez à comment les athlètes olympiques doivent travailler longtemps pour ne gagner qu’une fraction de seconde.

À mesure que vous continuez de vous améliorer, vous allez tôt ou tard expérimenter ce qu’on appelle des “plateaux”, des périodes où les progrès semblent temporairement avoir cessé. Mais tant que vous continuez de prendre soin de vous et de vous entrainer correctement, ces plateaux ne sont jamais ou presque ces limites infranchissables que plusieurs imaginent. Ils peuvent être dépassés lorsqu’on s’y prend de façon intelligente. Comme je l’ai déjà mentionné, c’est souvent durant les périodes de “plateaux” que ce que vous avez appris va être consolidé plus solidement, et c’est cette consolidation qui va à son tour permettre une nouvelle vague de progrès futurs.

Le principal piège à éviter est de commencer à pratiquer l’activité sur le pilote automatique, en répétant sans grands efforts ce que vous savez déjà faire. Ce piège est la principale raison pour laquelle, aussi surprenant que cela puisse paraitre, dans la plupart des professions, le niveau de compétence n’est que faiblement corrélé avec les années d’expérience. Les profs et les médecins avec 25 ans d’expérience ne sont typiquement pas plus compétents que ceux qui en ont beaucoup moins. Les nouvelles recrues vont s’améliorer durant les 2 ou les 5 premières années, puis elles vont devenir “good enough” et cesser d’investir des efforts substantiels pour se perfectionner. Cette situation est très commune, mais encore une fois elle n’est pas inévitable. La solution consiste à continuer de façon consciente et systématique à repérer et analyser ses faiblesses, à se fixer des objectifs et à mettre en place des moyens pour les réaliser.

À vous de voir le niveau que vous souhaitez atteindre. Voici quelques très grossières approximations basées sur mes lectures sur le sujet:

  • Une vingtaine d’heures d’entrainement délibéré = Compétences fonctionnelles de base
  • 100 ou 150 heures = Niveau intermédiaire/avancé
  • 1000 ou 2000 heures = Niveau très avancé ou professionnel
  • Environ 10 000 heures = Expertise de niveau international

Évidemment il faut ajouter un million de nuances et de bémols ici. Oui les gênes et le “talent” peuvent jouer un rôle positif ou négatif, même si ce rôle est souvent moins important que ce que la plupart des gens imaginent. Difficile aussi de donner une définition précise applicable à tous les domaines de ce qui sépare le niveau “compétences fonctionnelles de base” du niveau “intermédiaire/avancé”. Ce sont des points de référence. Il n’y a bien sûr rien de magique qui sépare la 99e heure de pratique de la 100e.

Les chiffres donnés ne sont pas basés sur rien, mais ils restent de grossières approximations qui ne peuvent pas être généralisées à toutes les situations. Pour les experts de niveau international, lorsqu’on tente d’estimer le temps d’entrainement délibéré qu’ils ont consacré à développer leurs habiletés, des chiffres tournant autour de 10 000 heures ressortent fréquemment. 10 000 heures, c’est 4 heures par jour et 5 journées par semaine pendant une décennie. Pour les champions mondiaux de mémorisation, c’est souvent beaucoup moins (environ 2000 ou 3000 heures). Pour les grands pianistes, c’est souvent plus de 20 000 heures.

Je vais prendre soin de vous rappeler encore une fois que l’entrainement délibéré, c’est quelque chose de bien particulier. Pour qu’il puisse porter fruit, il ne suffit pas d’additionner les heures. Cela demande de la planification, des efforts soutenus et ce n’est pas toujours amusant. Pratiquer au-delà de sa zone de confort est, par définition, inconfortable. 

 

Liens optionnels utiles sur l’entrainement délibéré et sur l’expertise:

  • Entrevue intéressante avec Anders Ericsson et Robert Pool.
  • Autre entrevue intéressante avec les deux mêmes auteurs.
  • Excellent épisode de podcast avec Ericsson et plusieurs autres. L’une des histoires qui y sont présentées concerne une mère de deux enfants qui, à l’âge de 42 ans, parvient à utiliser l’entrainement délibéré pour radicalement transformer ses habiletés pour le chant et même développer une carrière dans le domaine.
  • Vidéo qui résume en 7 minutes le livre d’Ericsson et Robert Pool.
  • Présentation de 17 minutes sur comment on peut dépasser le niveau “good enough” sur lequel il est facile de rester bloqué.
  • Peakdeliberatepractice.com
  • Autres ressources sur l’entrainement délibéré.
  • Reportage de 3 minutes racontant l’histoire d’un certain Bob Fisher qui, à l’âge de 50 ans, décide qu’il souhaite devenir le meilleur au monde dans quelque chose. Il entreprend alors de dévorer plusieurs ouvrages portant sur l’apprentissage et sur les meilleures façons de s’améliorer, puis il parvient à battre tous les records du monde de lancers francs au basket-ball. 54 en une minute devant public. 29 les yeux bandés tout de suite après. “Anybody could do what I do if they knew what I know”, dit-il. Absurde comme projet? Peut-être, mais pas plus que de tenter courir le 100 mètres en 9.58 secondes aux Olympiques.
  • Un court article et un autre court article portant sur les différentes stratégies que Benjamin Franklin a utilisé pour parvenir à devenir un grand écrivain. 
  • Pour les geeks, la section bibliographie de ce site suggère plusieurs autres ouvrages fascinants. Si vous nourrissez des ambitions grandioses et/ou que l’expertise est un sujet qui vous intéresse, vous apprécierez probablement les livres Peak – How to Master Almost Anything de Anders Ericsson et Robert Pool, Mastery de Robert Greene et Range de David Epstein.

 

Quelques commentaires, précisions et réserves concernant les travaux d’Anders Ericsson:

  • Décédé récemment, Anders Ericsson était un psychologue connu comme étant “l’expert sur les experts”. Je suis fan et je vous recommande sans hésiter l’excellent ouvrage qu’il a écrit avec Robert Pool. Ses travaux ont eu une énorme influence et ils sont cités dans la plupart des bons livres qui traitent de l’apprentissage. La majorité des liens ci-dessus mènent à ses propos. Je dois par contre noter que certaines de ses affirmations sont fréquemment critiqués, souvent injustement par des gens qui ne font pas la différence entre l’entrainement délibéré et la simple pratique d’une activité, mais probablement aussi parfois avec raison.
  • Si vous avez déjà entendu parler de la soi-disant “règle des 10.000 heures”, celle-ci est basée sur une interprétation en bonne partie fautive des travaux d’Ericsson.
  • Sur ce cite, j’utilise l’expression “entrainement délibéré” de façon un peu plus large qu’Ericsson. La définition plus restreinte qu’il présente se limite aux contextes où les feedbacks objectifs, clairs et précis sont possibles (donc davantage le golf que le théâtre) et où des enseignants compétents et expérimentés peuvent guider les apprenants à travers un parcours qui a fait ses preuves. L’entrainement délibéré est bien entendu possible dans d’autres domaines et en d’autres circonstances, mais les risques d’erreurs sont plus élevés et les résultats sont moins garantis.
  • L’emphase sur l’expertise et sur les performances de très haut niveau à mon avis diminue un peu la pertinence de ses travaux pour la majorité de la population. Si je peux devenir bon ou excellent dans un domaine, je m’en fous de ne pas faire partie des meilleurs au monde. Passer de l’état de novice jusqu’au niveau intermédiaire ou avancé, c’est bien suffisant pour 95% des gens et des situations.
  • Ericsson ne nie pas l’importance potentielle des facteurs génétiques, sauf qu’il donne souvent l’impression de les minimiser de façon excessive.
  • On trouve très peu d’emphase dans ses travaux sur l’apprentissage qu’on peut réaliser de façon plus ou moins autodidacte. L’un des conseils qu’il répète le plus souvent est de se “trouver un coach” personnel compétent qui peut repérer toutes nos petites erreurs et nous suggérer des façons de les corriger. Je ne nie pas l’utilité d’un coach, mais je ne pense pas que ce soit souhaitable ou réaliste pour la majorité des gens que de s’en payer un.

 

Devriez-vous tenter de devenir un véritable expert de niveau international dans un domaine spécifique?

Voilà un objectif bien noble, mais aussi bien peu simple et bien lourd de conséquences. Vous pouvez cliquer ici si, par le plus grand des hasards, vous êtes curieux de lire ce que j’ai à dire sur le sujet.

 

Quel rôle ici pour la mémorisation?

  • Pour ce qu’on appelle les “connaissances procédurales” – comment faire quelque chose  (attacher ses souliers, prononcer correctement les mots dans une autre langue, écrire un texte argumentatif, jouer d’un instrument de musique) – il faut bien évidemment aller au-delà de la simple mémorisation et s’entrainer à la pratique des différentes composantes de l’habileté en question. C’était là le principal sujet de l’article que vous venez de lire. Pour plusieurs habiletés comme le tennis ou le dessin, à part de mémoriser l’histoire du sujet pour en mettre plein la vue à vos amis, je ne vois pas beaucoup d’applications possibles pour les techniques de mémorisation.
  • L’utilité de l’art de la mémoire est particulièrement évidente pour l’accumulation de tout ce qu’on appelle les connaissances déclaratives, pour tout ce qui peut être simplement formulé à haute voix ou écrit. J’ose espérer que je n’ai pas besoin de vous convaincre de l’utilité de la mémorisation pour quelqu’un qui souhaite emmagasiner des connaissances ou devenir médecin ou historien. Pour les sciences, la mémorisation de plusieurs faits, concepts et données peut entre autres servir d’étape intermédiaire avant de développer une compréhension plus profonde des sujets en question. Dans ce long article, le scientifique Michael Nielsen explique de quelles façons il utilise le logiciel de répétition espacée Anki pour spectaculairement élargir le champ de ses connaissances et même pour approfondir sa compréhension des sujets complexes qu’il étudie. Selon lui, “memory is central to problem solving and creativity”.
  • La mémorisation peut parfois avoir des utilités un peu surprenantes. Pour un programmeur ou pour quelqu’un qui travaille avec des logiciels de dessin, d’animation ou de calculs, pensez à tout le temps qui peut être sauvé à long terme en apprenant, par exemple, la majorité des raccourcis clavier qui peuvent être utiles. En mathématiques, même si on ne souhaite bien sûr pas se limiter à cela, la mémorisation d’équations ou celle des étapes à suivre pour résoudre tel ou tel type de problèmes peut être très utile durant les premières étapes de l’apprentissage. Ou même pour la danse, si vous connaissez disons 10 ou 30 ou 100 ou 200 mouvements différents, ça peut être pratique de leur donner un nom, de les placer dans un ordre arbitraire et de mémoriser la liste comme s’il s’agissait d’une liste de mots aléatoires. Cela permet entre autres de ne pas négliger de pratiquer certains mouvements au profit des autres. Cela permet aussi de pouvoir tous les visualiser un par un dans votre tête alors que vous marchez ou que vous prenez l’autobus. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, visualiser clairement la pratique d’une action permet de s’améliorer presque autant que lorsque l’on pratique réellement l’action en question. Vous pourriez faire la même chose pour une chorégraphie que vous souhaitez apprendre: la diviser en quelques grandes sections, choisir un nom ou une image représentant chacune de ces sections et mémoriser la séquence à l’aide d’un palais de mémoire. Chaque “section” peut être très courte ou relativement longue, selon vos préférences et votre niveau de confort.
  • Pour la musique, pour l’instant je ne suis pas certain que cela vaille la peine d’utiliser des techniques de mémorisation pour retenir des partitions. C’est possible que cela puisse être utile, mais je ne suis présentement pas en position de le confirmer. Ce que je peux vous dire, c’est que les palais de mémoire m’ont énormément aidé à retenir les textes de plusieurs dizaines de longues chansons (lien explicatif à venir).

 

Trois petites citations que j’aime bien:

Vous ne les trouverez dans aucune autre compilation de citations inspirantes.

La première est extraite d’une étude sur l’entrainement des athlètes olympiques. Elle est citée par Angela Duckworth dans son ouvrage Grit – The Power of Passion and Perseverance

“Superlative performance is really a confluence of dozens of small skills or activities, each one learned or stumbled upon, which have been carefully drilled into habits and then are fitted together in a synthesized whole. There is nothing extraordinary or superhuman in any one of those actions; only the fact that they are done consistently and correctly, and all together, produce excellence.”

Celle-ci est improvisée en entrevue par Alex Mullen, trois fois champion du monde de mémorisation:

“Recognize that a lot of barriers are just psychological. People in 15 years are destroying the old world records for memory, records that at the time people thought were close to unbeatable. People thought that we were at the limits of human memory and [we’re now destroying those records]. It just goes to show that those were psychological barriers and I think the same is true for most things in life. […] Recognizing that is important to be able to accomplish anything.”

Et celle-ci est improvisée, après une longue pause, par Tim Ferriss à la fin d’une entrevue lorsqu’on lui demande quelle est sa “definition of greatness”:

“Trying to be just a little bit better, inch by inch, millimeter by millimeter, whether it’s the next day or the next week and not beating yourself up about it. If you fail, for an entire week, for an entire month, just get up and brush the dirt up and get back to it. It’s not a straight line. It’s a very jagged, intimidating and sometimes exhausting experience. Nobody who does huge things just takes off like a smooth rocket shot, it’s a roller coaster. The biggest names you can imagine (…) all of these people have self-doubt, they have moments where they want to give it all up and quit and just sleep under the covers and not get out of bed for the day. So my definition of greatness is recognizing that’s part of the human condition. You’re not a failure if you feel that way. I certainly feel that way, quite a bit, even today (…), it’s very intimidating and I don’t think it goes away. It’s not about overcoming your fears all the time, it’s about facing your fears and be like “Ok, I’m afraid, but I’m gonna keep on plugging away anyway.”

 

 

Sources des images empruntées dans cette section: