
Lorsque c’est pertinent, faites l’effort de comprendre l’essentiel et de faire des liens avec ce que vous connaissez déjà
Supposons que vous prévoyez aller en camping pour la toute première fois de votre vie, que vous souhaitez mémoriser comment monter une tente et que – rendons cela un peu absurde – vous n’avez absolument aucune idée de la façon de procéder. Quelle façon de procéder vous semble être la plus facile et la plus susceptible de produire des souvenirs durables? A- Mémoriser dans l’ordre, avec des flashcards, toutes les sous-étapes ultra précises qui sont expliquées dans le manuel. Ou B- Comprendre au moins vaguement la logique qui explique l’ordre des différentes étapes, la fonction des différentes pièces et la façon dont elles doivent tenir les unes avec les autres. Se pratiquer ensuite à monter et démonter une tente sans consulter le manuel.
Je ne vous insulterai pas en faisant semblant que vous ne savez pas déjà la réponse. Bien entendu, la méthode “logique” et pratique va donner de meilleurs résultats que la méthode “des flashcards et rien d’autre”. Des dynamiques similaires peuvent être présentes quand vous tentez de vous familiariser avec un nouveau domaine. Pourquoi Staline s’est-il temporairement allié à Hitler durant la Deuxième Guerre mondiale? Comment se manifestent concrètement les différentes Lois du mouvement de Newton? Qu’est-ce qui va arriver au soleil dans quelques milliards d’années? Pour toutes ces questions, quelques efforts de compréhension risquent fort de rendre les réponses un peu plus mémorables. La mémoire, c’est en bonne partie l’empreinte que laisse la pensée. Plus vous réfléchissez de différentes façons à un sujet, plus il est probable que vos réflexions vont laisser des traces.
–
Comment comprendre ce qui est initialement difficile à comprendre?
C’est là une question qui dépasse le cadre de cet article. Pour le moment, je vais contenter de mentionner quelques grands principes. Ce sont surtout des pistes de réflexion ou des pistes de solution. Nul besoin de systématiquement faire tout cela à chaque fois que vous apprenez un petit quelque chose de nouveau.
- Faites des liens avec ce que vous connaissez déjà. Ou avec les autres concepts que vous êtes en train d’apprendre. Même lorsque ces liens peuvent sembler plus ou moins pertinents ou même tirés par les cheveux. On vise éventuellement à ce que les idées soient liées de façon cohérente à la fois les unes avec les autres et avec le sujet dans son ensemble. Mais d’ici à ce que ce soit fait, des liens plus superficiels sont déjà un bon début.
- Posez-vous des questions du type pourquoi, comment, où, quand et ainsi de suite. Quelles sont les causes? Quelles sont les conséquences?
- Tentez de voir comment ce que vous apprenez peut s’appliquer dans différents contextes.
- Tentez d’expliquer ce que vous avez appris à vous-même ou à quelqu’un d’autre. En vos propres mots.
- Allez-y étape par étape, comme dans l’image ci-dessous. Certains concepts sont trop complexes pour les complets novices. Des connaissances préalables sont nécessaires pour bien les comprendre.

–
Comment développer ses connaissances de base peut rendre l’apprentissage plus facile
Supposons que je dois apprendre 10 faits nouveaux sur les États-Unis à notre époque versus 10 faits nouveaux sur la Chine en l’an 1000 av. J.-C.. Quant bien même que la quantité d’informations nouvelles serait la même dans les deux cas, il va sans dire que les faits sur la Chine ancienne risquent fort d’être plus difficile à retenir. Pourquoi? Parce que les nouvelles informations sur les États-Unis vont probablement pouvoir être rattachée mentalement à ce que je connais déjà. À moins d’utiliser des mnémoniques, les nouvelles informations sur la Chine ancienne vont sembler épuisantes à enregistrées et très faciles à oublier.
L’importance des connaissances préalables est bien démontrée par une étude célèbre connue comme “The Baseball Study”. De jeunes élèves devaient lire un texte racontant le déroulement d’une partie de baseball, puis répondre à des questions sur le texte. Les élèves avaient été divisés en quatre groupes selon deux critères: les compétences pour la lecture et leurs connaissances sur le baseball. À la grande surprise de plusieurs, les connaissances préalables sur le baseball permettaient de prédire les résultats beaucoup plus que les compétences pour la lecture.
Tout cela pour dire que plus vous connaitrez bien un sujet, plus il sera facile d’en apprendre encore davantage. Les nouvelles informations vont avoir différents “crochets” plus ou moins logiques auxquels elles peuvent se rattacher. Pensez à un casse-tête ou à une toile d’araignée. Plus un casse-tête est avancé, plus c’est rapide que de trouver où placer telle ou telle nouvelle pièce. Et plus une toile d’araignée est grande et solide, plus c’est facile pour un insecte que d’y rester pris.

J’utilise l’image ci-dessus pour tenter de représenter comment des faits déconnectés les uns des autres peuvent être facilement oubliés. Et comment des réseaux d’idées liées de façon vaguement logiques vont former des structures plus solides auxquelles vous pourrez plus facilement associer de nouveaux éléments.
–
Quel niveau de compréhension devriez-vous viser?
Je ne peux pas répondre de façon simple à cette question. Cela dépend des circonstances et cela dépend de vos objectifs.
*Bien souvent, il n’y a rien à comprendre ou presque. Pourquoi telle personne porte tel nom? Pourquoi tel verbe irrégulier se conjugue de telle façon dans telle circonstance? Pourquoi on dit “tisch” pour désigner une table en allemand alors qu’on dit “asztale” en hongrois? Peut-être peut-on remonter dans le temps pour chercher les causes profondes de tout cela, mais ce n’est probablement pas la meilleure façon d’investir notre temps d’étude.
*Si vous êtes passionné par un sujet ou si souhaitez devenir un véritable expert ou une véritable experte dans un domaine particulier, ce sera bien sûr généralement pertinent que de pousser aussi loin que possible vos efforts de compréhension.
*Dans la plupart des situations, vous devriez visez un niveau de compréhension et de compétence qui est supérieur à 0% et inférieur à 100%. Vous devriez savoir comment opérer micro-onde, laveuse, sécheuse, voiture et bicyclette et ainsi de suite, mais nul besoin de comprendre complètement la science qui explique leur fonctionnement. Vous devriez développer au moins des compétences de base en lecture, écriture, mathématique et bien d’autres domaines, mais personne au monde ne peut espérer atteindre le “niveau ultime”.
Si vous préparez rapidement pour un examen ou si vous souhaitez seulement connaitre les grandes lignes sur un sujet, ce sera à vous de voir quel niveau de compréhension vous devriez viser. Certains concepts seront incontournables. Pour d’autres, un niveau de compréhension plus superficiel sera suffisant. de compréhension est suffisant.
Le concept de “diminishing return” ou de “rendement décroissant” peut être pertinent ici. Pour aider la mémorisation, c’est souvent une bonne idée que de faire l’effort de comprendre l’essentiel de ce que l’on tente de retenir. Au moins durant quelques moments. Par la suite, pousser plus loin la compréhension peut continuer d’être utile, mais pour le commun des mortels, les avantages vont devenir de moins en moins importants.
*Dans bien des cas, la compréhension est optionnelle. Je peux facilement mémoriser l’équation πr² et m’en servir pour calculer l’aire d’un cercle. J’aimerais bien comprendre pourquoi et comment cette équation fonctionne, mais ce n’est pas essentiel.
*Notez que si le sujet nous importe peu et que la mémorisation rapide est notre unique soucis, des liens absurdes et une compréhension en bonne partie erronée d’un concept peuvent aussi parfois être utiles! Attention seulement de ne pas trop prendre au sérieux ce que vous venez “d’apprendre” de cette façon.
* Dans presque tous les cas – peu importe à quel point l’information est logique ou absurde ou difficile – les mnémoniques vont pouvoir vous aider!