Comment naviguer au milieu d’un océan infini d’informations

3e clé: la sélection et la gestion de l’information

Comment s’attaquer à l’apprentissage de sujets vastes et complexes? Comment se retrouver lorsqu’on est surchargé d’information? À quoi porter attention? Quoi lire en diagonale? Quoi lire et relire en profondeur? Quoi mémoriser? Dans quel ordre? Ces questions se posent à peine si vos objectifs sont déjà limités et clairement définis. Mais pour les étudiants débordés et pour les apprenants plus ambitieux, ce n’est pas simple que de savoir où commencer et comment procéder. Je n’ai malheureusement pas de réponses simples et universelles à vous offrir. Tout de même, il y a certains grands principes que vous devriez garder en tête lorsque vous vous attaquez à des projets plus difficiles et ambitieux.

On gère intelligemment son attention. On identifie ce qui vaut la peine d’être retenu. On priorise et on ignore le reste.

On ne peut pas porter attention à tout en permanence. On ne peut pas “tout retenir” non plus. Il faut savoir gérer son attention intelligemment et identifier ce qui vaut la peine d’être écouté, lu, étudié et éventuellement mémorisé. Il faut aussi accepter qu’on va devoir ignorer ou oublier l’immense majorité de tout ce que l’on peut voir ou entendre au courant d’une journée ou d’une année. 

À vous de voir, comme bon vous semble, ce qui vous semble particulièrement important ou intéressant. Quand vient le temps de faire vos choix, l’un des principaux concepts que vous devriez garder en tête est ce qu’on appelle le “principe de Pareto” ou le “principe de 80/20”? L’économiste italien Vilfredo Pareto a jadis observé que dans une multitude de domaines, 20% ou moins des éléments les plus efficaces permettaient d’obtenir 80% ou plus des résultats. Bien souvent par exemple, la majorité des profits d’une entreprise vont venir d’une minorité de ses clients ou de ses produits. La majorité des récoltes vont venir d’une minorité des semences. Un petit nombre de scientifiques vont être responsables de la majorité des avancées. 80/20 n’est qu’une règle générale. Dans bien des cas, on parle davantage de 90/10 ou même de 95/5.

On peut bien entendu garder ce principe en tête dans toutes sortes de circonstances. Quels sont les trois ou quatre points ou anecdotes que vous souhaitez retenir de ce documentaire que vous avez écouté? Qu’est-ce que vous devriez savoir sur l’histoire récente de ce pays que vous allez visiter bientôt? Quels sont les quelques arguments que vous devriez mettre de l’avant lors de votre entrevue d’embauche? Quelles sont les fonctions d’Excel que vous devriez maitriser pour votre travail? Même en plein milieu d’une conversation importante, ou durant les minutes suivant sa fin, vous pouvez vous arrêter un moment pour vous demander ce que vous souhaitez pouvoir vous remémorer plus tard.

Lorsque le temps presse et que les résultats comptent, priorisez, priorisez et priorisez encore. Particulièrement quand vient le temps d’étudier pour un examen ou de se familiariser avec un nouveau domaine. Toutes les activités et toutes les informations ne sont pas d’égale valeur. Concentrez vous sur les 20%, 5% ou même 2% d’activités et d’informations qui vous vous apporter plus de 80% des résultats. Passez rapidement sur tout le reste ou même ignorez-le complètement. La grande majorité des étudiants n’ont pas besoin de besoin de faire toutes leurs lectures. Pour distinguer ce qui est réellement important de ce qui l’est moins, vous pouvez vous inspirer du plan de cours, vous demander quels sont les sujets qui sont ressortis les plus souvent en classe, demander à d’anciens étudiants ou encore vous fier à votre intuition. Vous pouvez aussi poser directement la question à vos enseignants. Si vous pouvez avoir accès à d’anciens examens ou encore assister à des séances de révision, cela vaut définitivement la peine de tirer profit de ces opportunités.

C’est possible à plus long terme d’emmagasiner un bagage de connaissance extrêmement vaste et impressionnant, mais tenter de tout faire en même temps est loin d’être la meilleure façon d’en arriver là. Il faut procéder étape par étape, en conservant un bon rythme, mais en ralentissant aussi souvent que nécessaire. Si la tâche semble intimidante, concentrez-vous d’abord sur les éléments les plus essentiels et les plus intéressants. Si c’est encore trop, faites ce que vous pouvez ou ce que vous êtes prêt à faire. Abandonnez l’idée que vous pouvez ou “devez” tenter de tout faire ou tout apprendre dès maintenant. 

On organise l’information de façon (vaguement) logique.

Parfois on peut simplement commencer par la page 1. Parfois encore, on peut apprendre un truc et puis un autre un peu comme bon nous semble. Dans bien d’autres cas, cela vaut la peine d’ordonner un peu toutes nos notes de façon un peu plus cohérente. On peut classer ce que l’on souhaite retenir par thèmes ou par catégories. On peut aussi s’attaquer d’abord à des versions simplifiées des principaux concepts. Puis ensuite, s’il y a lieu, s’intéresser certains détails et certaines précisions. Certains types d’informations vont être plus faciles à retenir si vous avez déjà en tête d’autres connaissances préalables qui vous vont vous permettre de mieux les comprendre et de mieux les digérer.

On divise les sujets, les tâches ou même les mots plus complexes en éléments plus simples, plus courts et plus faciles à digérer.

Cela peut sembler difficile que de retenir un long code, un long password, une définition, un paragraphe, un texte ou encore une série de faits liés à sujet complexe. On peut croire qu’il s’agit là d’un peu trop d’informations à retenir d’un seul coup. C’est généralement un faux problème. L’information en question peut être divisée en plus petits morceaux beaucoup plus faciles à assimiler. S’attaquer à chaque élément séparément avant de les combiner, cela simplifie énormément les choses.

Cette idée est bien sûr pertinente quand vient le temps de, par exemple, retenir le texte d’une chanson. On peut apprendre un couplet, puis un autre, puis un autre, et seulement ensuite tenter de réciter le texte au complet. Même pour un seul mot ou un seul nom plus difficile, initialement il est souvent utile ou même nécessaire de mentalement le diviser en éléments plus courts. “Freundschaftsbeziehungen” est un mot an allemand qui signifie “relations amicales”. J’explique ailleurs sur ce site comment même des mots comme celui-ci peuvent être transformés en images plus mémorables. Mais même sans techniques de mémorisation, vous pouvez probablement parvenir à retenir ce mot si vous le divisez d’abord en différentes parties auxquelles vous allez vous ensuite vous attaquer séparément: freund – schafts – bezie – hungen. Même méthode encore pour retenir le nom de Nanduri Ramachandra Murthy, votre nouveau collègue d’origine indienne. Pour plus d’exemples de façons d’appliquer cette petite idée, vous pouvez consulter l’article “Diviser pour mieux mémoriser”

On évite de trop se compliquer la vie. Et on évite de trop procrastiner l’apprentissage.

C’est très facile de s’éterniser en mode “recherche” pour ensuite s’éterniser en mode “sélection et organisation de l’information”. Ici comme ailleurs, la perfection peut être l’ennemie du bien. C’est bel et bien une bonne idée de passer quelques moments à classer ses notes et à identifier ce doit être priorisé, remis à plus tard ou complètement ignoré. Mais attention de ne pas utiliser ce processus comme un prétexte inconscient pour procrastiner l’apprentissage! De façon générale, ne visez qu’un niveau vaguement acceptable d’organisation et de planification. Commencez aussi tôt que possible à tenter de retenir et de comprendre les éléments les plus pertinents. Pas besoin d’avoir terminé de tout lire et de tout organiser avant de commencer à mémoriser certains éléments de façon plus durable. Plus vous en saurez sur un sujet particulier, plus ce sera facile pour vous d’en apprendre encore davantage. N’attendez pas d’être complètement “prêt” avant de commencer.

Quelques citations pertinentes et débordantes de sagesse:

“Rien n’est particulièrement difficile si on le divise en petites tâches.”

“The good procrastinator accepts the fact that he can’t get everything done, then decides as wisely as possible what tasks to focus on and what to neglect. By contrast, the bad procrastinator finds himself paralysed precisely because he can’t bear the thought of confronting his limitations.”

“Commencez là où vous êtes. Utilisez les outils que vous avez. Faites ce que vous pouvez.”