Quand le sujet de l’art de la mémoire n’est pas ignoré, il est trop souvent traité de façon simpliste, incomplète ou partiellement erronée. Le portrait qui est en fait peut parfois être trop positif ou trop sceptique ou pessimiste. Ci-dessous, je vais tenter de clarifier tout de suite certains points importants. Mon principal but est de dissiper certaines sources de confusion et d’éviter de formuler de fausses promesses. Plusieurs de ces points seront tôt ou tard explorés plus en détails sur d’autres pages de ce site.
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Vraies et fausses promesses de l’art de la mémoire
Les techniques de mémorisation sont des outils merveilleux, mais elles ne sont pas des solutions magiques pour tous nos problèmes de mémoire et d’apprentissage. Certaines des promesses formulées pour vendre des cours en ligne sont incomplètes ou trompeuses.
– Les techniques de mémorisation sont spectaculairement efficaces lorsqu’on prend la peine de les utiliser, mais elles n’affectent probablement pas les capacités de ce qu’on pourrait appeler notre “mémoire naturelle”. Lorsqu’un expert ou une experte en mémorisation ne fait pas l’effort d’utiliser ses techniques, soit la grande majorité du temps, sa mémoire reste généralement tout à fait quelconque. C’est possible que notre “mémoire naturelle” va elle aussi s’améliorer, mais je ne suis pas en position de faire des promesses à ce sujet. S’il y a aussi un effet positif, celui-ci n’est pas énorme et il n’est pas prouvé.
– Aussi spectaculairement efficaces que puissent être les techniques de mémorisation, un minimum de révisions va presque toujours rester nécessaire pour la mémorisation à long terme. Mais comme nous le verrons, il existe des façons de réviser qui sont beaucoup plus efficaces que d’autres. Ces méthodes fonctionnent très bien, mais elles demandent un minimum de discipline et d’organisation pour être sérieusement mises en pratique.
– On peut mémoriser dans le but de passer ses examens et/ou d’accumuler des connaissances. On peut aussi le faire par défi et par plaisir. Avec un peu de pratique, pour bien des gens cette activité peut devenir particulièrement agréable et valorisante. Aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est vrai même lorsqu’on parle d’informations complètement inutiles et sans intérêt..
– J’ai déjà réussi à mémoriser 200 chiffres aléatoires en un peu plus de 4 minutes, mais cela ne signifie pas que je puisse prendre un livre de biologie et l’assimiler de la même façon, à la même vitesse. Plus un sujet est complexe, plus je dois ralentir et prendre le temps de comprendre ce qu’il y a à comprendre. Personne n’apprend comme Néo dans The Matrix. Je pense que les techniques de mémorisation peuvent apporter un avantage très important dans une multitude de domaines, y compris pour l’étude de sujets complexes, mais cet avantage ne sera presque jamais aussi incroyable qu’il ne l’est pour les chiffres ou les cartes à jouer ou les listes de mots.
– Avoir de la difficulté à “voir” des images dans sa tête ou même en être complètement incapable n’est pas une excuse pour ne pas apprendre à utiliser les techniques de mémorisation. Cela peut sembler surprenant, mais selon le scientifique expert en mémorisation Boris Konrad, il semble n’y avoir aucune corrélation entre les performances des participants aux compétitions de mémorisation et leur capacité à clairement visualiser mentalement quelque chose. Si vous pouvez vaguement penser à l’idée d’un dragon ou d’un ours en train de manger la table dans votre cuisine, cela n’a aucune importance si cette représentation mentale est clairement visible dans votre tête ou si ce n’est qu’un “concept” sans aucun aspect visuel. Les histoires que j’imagine sont presque toujours extrêmement floues. Je ne sais pas comment elle se compare à l’être humain moyen, mais ma capacité à “visualiser” quoi que ce soit me semble être bien limitée. Je peux nommer au moins un autre expert et une autre experte en mémorisation qui sont globalement plus doués que moi et qui clament souffrir d’aphantasie, soit l’incapacité totale de se représenter une image mentale.
– C’est bien rare que nous allons souhaiter mémoriser 100% du contenu d’un article ou d’un livre. Tout mémoriser mot à mot, c’est tout à fait possible, mais c’est aussi beaucoup de travail. La plupart du temps, on va se concentrer d’abord sur les points les plus importants et laisser faire la grande majorité des détails et des exemples.
– Les techniques de mémorisation sont là pour faciliter la rétention, pas pour devenir notre unique façon d’apprendre. Pour l’étude de sujets complexes, lorsque l’on peut parvenir à retenir quelque chose en comprenant sa logique et en le liant à ce que l’on connait déjà, c’est souvent préférable de procéder de cette façon. Pour ce qui est plus difficile à retenir, ce qui peut être beaucoup ou bien peu de choses selon l’individu et selon le sujet, les techniques de mémorisation peuvent alors apporter une aide inestimable. On utilise les techniques de mémorisation à chaque fois que c’est utile ou nécessaire et à chaque fois que le coeur nous en dit, mais rien ne nous oblige à les utiliser constamment pour tout.
– Les palais de mémoire sont presque indéniablement la plus puissante de toutes les techniques de mémorisation. Cela dit, il en existe d’autres. Vous pouvez bien entendu choisir d’utiliser une variété de méthodes selon votre humeur et selon la situation.
– Est-ce que “c’est facile” que de construire un palais de mémoire. Oui et non. Ça l’est bien davantage qu’on ne l’imagine, mais il faut savoir comment procéder. Il faut être prêt à investir quelques efforts. Et il faut s’attendre tôt ou tard à faire face à quelques difficultés. Je peux sans problème guider un groupe de complets débutants et leur faire mémoriser quelques dizaines d’éléments dans l’ordre, incluant des mots particulièrement difficiles. Cela ne signifie pas que tous ces gens vont ensuite être autonomes pour mémoriser les principaux points de leurs manuels de biologie. Il ne faut que peut-être qu’une ou deux ou trois heures pour relativement bien comprendre ce en quoi consistent les techniques de mémorisation et pour commencer à les utiliser au jour le jour avec un minimum de succès. Il faut plus de temps et d’efforts, pas énormément, pour pouvoir les utiliser avec aisance dans plus ou moins n’importe quelle circonstance.
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Mythes concernant les désavantages des palais de mémoire
L’art de la mémoire a ses partisans qui vont en vanter les mérites de façon parfois démesurée. Il a aussi ses détracteurs. Voici quelques-unes des objections les plus communément formulées contre les palais de mémoire :
- Les palais de mémoire ne sont utiles que pour les jeux de cartes ou pour les listes d’informations inutiles.
- Les palais de mémoire ne sont pas utiles pour pour retenir des concepts ou pour l’étude de domaines où il est important de bien comprendre ce qu’il y a à comprendre.
- Nous sommes limités à un seul palais de mémoire. Ce n’est pas long avant qu’il ne devienne “plein”.
- Avant de pouvoir commencer à utiliser un nouveau palais de mémoire, il faut d’abord passer beaucoup de temps à le “préparer” et à le mémoriser.
- Il faut être particulièrement intelligent et créatif pour pouvoir utiliser des palais de mémoire.
- Il faut des mois ou des années de pratique pour pouvoir utiliser efficacement les palais de mémoire.
Je vais éviter d’en rajouter pour le moment, mais sachez que je suis complètement ou presque complètement en désaccord avec toutes les affirmations ci-dessus. J’ai malheureusement souvent entendu différentes versions de ces mythes être répétés par des gens que je respecte et qui devraient théoriquement être mieux informés que cela. J’expliquerai mes raisons plus en détail sur d’autres sections de ce site.
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Pouvons-nous tous devenir des champions ou des championnes de mémorisation?
Les gens qui se sont donné pour mission de promouvoir l’art de la mémoire vont souvent – volontairement ou par accident – affirmer ou laisser entendre qu’absolument n’importe qui peut devenir un champion ou une championne de mémorisation. Ces gens ne sont pas nécessairement malhonnêtes, mais je pense qu’ils se trompent, du moins en partie. Je pense aussi que cette erreur n’a que très peu d’importance! Laissez-moi expliquer.
Même avec la meilleure volonté du monde, je pense que nous ne pouvons pas tous parvenir à battre des records nationaux ou internationaux. Si le niveau moyen au Canada avait été plus élevé en 2016 et en 2017, je ne serais probablement jamais parvenu à devenir le soi-disant “champion canadien de la mémoire”. Et je ne parviendrai probablement jamais à égaler le niveau actuel de mon ami Braden Adams, le jeune homme qui, du moins pour tout ce qui concerne la rapidité, m’a largement dépassé depuis. Le type peut maintenant mémoriser parfaitement une liste de 50 mots aléatoires en moins d’une minute! 23 paquets de cartes en une heure sans faire d’erreur! Et ce à son tout premier essai pour le format “60 minutes”!
Et aussi doué que puisse être Braden, plusieurs autres à travers le monde ont encore une importante longueure d’avance sur lui. Il faut être très motivé pour parvenir comme certains à mémoriser un jeu de cartes complet en moins d’une vingtaine, parfois même moins d’une quinzaine de secondes. Il faut aussi probablement avoir certains traits de caractère et certaines aptitudes qui, sans être exceptionnelles, ne sont pas présentes au même niveau chez tout un chacun. Il ne semble pas être nécessaire d’avoir une mémoire naturelle hors du commun ou d’avoir des aptitudes particulières pour la visualisation mentale. Cependant, pour atteindre une telle rapidité, je suppose qu’il faut probablement être un peu plus rapide d’esprit que la moyenne et être encore relativement jeune. J’ai déjà réussi à faire la même chose en 47 secondes. C’était en 2017, alors que j’avais 35 ans et que je m’entrainais plus régulièrement qu’aujourd’hui. J’espère bientôt pouvoir me remettre à l’entrainement de façon plus régulière – disons au moins 20 ou 30 minutes par jour pendant au moins quelques mois. Je ne sais pas si je vais réussir, mais j’espère parvenir éventuellement à mémoriser un jeu complet en moins de 30 secondes. Pourquoi? Principalement juste parce que c’est cool et parce que ça me tente! Sauf que le jeu de cartes en 20 secondes, je pense que je ne réussirai probablement jamais. Ce n’est pas une priorité assez importante pour moi. Et même si ce l’était, c’est très probable que je cet objectif resterait à jamais hors de ma portée. Je suis déjà bien fier de ma performance de 47 secondes, mais j’estime que l’écart qui me sépare des compétences d’une personne qui peut faire la même chose en 20 secondes est absolument énorme. Passer d’une performance de 6 minutes à 2 minutes, c’est loin d’être négligeable, mais c’est au moins 10 fois plus “facile” que de parvenir à passer de 60 secondes à seulement 20 secondes.
Je prends ici la rapidité pour la mémorisation d’un jeu de cartes comme un simple exemple qu’on peut extrapoler à d’autres domaines. Impossible de savoir avec certitude, mais de façon relativement conservatrice, j’estime sans savoir que plus de 90% de la population pourrait théoriquement apprendre à mémoriser un jeu de cartes complet en une quinzaine de minutes ou moins*, 70% pourrait parvenir à faire la même chose en moins de 5 minutes, 40 ou 50% en moins de 2 minutes, 20 ou 25% en moins d’une minute, peut-être 15% ou 10% en 30 secondes ou moins. J’ai l’impression d’être prudent et conservateur, mais ça se peut bien sûr que je me trompe et que mes estimations sont trop optimistes. Tous ces chiffres supposent bien sûr que l’individu en question a accès à des instructions adéquates et qu’il ou elle est suffisamment motivé et persévérant**.
Cela dit, tout cela n’a selon moi que très peu d’importance! On parle ici de records de vitesse, pas d’un usage “normal” des techniques de mémorisation. Jusqu’à preuve du contraire, lorsqu’on prend son temps et que l’on sait comment s’y prendre, nous pouvons tous parvenir à mémoriser à long terme les principales informations que nous souhaitons retenir. Cela peut être les noms des gens que nous rencontrons, leurs dates d’anniversaire, nos numéros de cartes de crédit et autres, les principaux points de nos notes de cours ou encore ceux de livres que nous avons lu ou peu importe. C’est là un fait beaucoup inspirant et fondamental que tout ce qui concerne les exploits de rapidité. Hors de l’univers microscopique des compétitions de mémorisation, cela n’a pas que très peu d’importance que vous soyez plus ou moins rapide quand vient le temps de mémoriser quelque chose.
* En passant, je pense honnêtement qu’un jeu de cartes complet mémorisé en 15 minutes, c’est déjà très cool. C’est presque impossible à réussir pour quelqu’un qui n’utilise pas de techniques de mémorisation. Une telle performance me semble théoriquement atteignable sans trop de problèmes par au moins disons 80 ou 90% de la population.
Avant de découvrir les techniques que j’utilise aujourd’hui, j’avais jadis entrepris de mémoriser les 100 premières décimales de pi. 100 chiffres versus un jeu de cartes, c’est très comparable comme quantité d’information. J’avais alors utilisé les “bons conseils” d’une page que j’avais trouvée en ligne au hasard. Les “bons conseils” en question étaient mieux que pas de conseil du tout, mais disons que cela n’avait rien à voir avec le potentiel extraordinaire de l’art de la mémoire. J’avais réussi, mais ça m’avait pris toute une soirée et je devais réviser très souvent pour ne rien oublier. Je me souviens que j’étais bien fier du résultat! Je ne savais pas à l’époque que ce n’était qu’une infime fraction de ce qu’il est possible d’accomplir avec des techniques et un peu de pratique et de volonté.
** Répétons cependant que toutes mes estimations sont basées principalement sur mes opinions subjectives concernant les habiletés que tout un chacun pourrait “en théorie” parvenir à développer. C’est à condition de savoir comment procéder, d’avoir l’opportunité d’apprendre, d’être suffisamment motivé et de ne pas attendre d’avoir 80 ans avant de commencer. En pratique, pour l’instant du moins, les gens qui semblent disposés à investir les efforts nécessaires semblent être bien peu nombreux. Je ne sais pas si ça va être le cas, mais j’espère bien que cela va changer un jour! Au moins pour tout ce qui concerne les applications “pratiques” et/ou académiques.
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Articles complémentaires liés à ce sujet :
- Qu’est-ce que l’art de la mémoire
- Techniques de mémorisation : quelques erreurs communes à éviter
- Avez-vous lu Moonwalking with Einstein? C’est l’excellent et passionnant ouvrage livre qui a incité moi ainsi que je ne sais combien d’autres individus à s’initier à l’art de la mémoire. Je vous le recommande si vous êtes curieux, même si sa lecture est complètement optionnelle. Cependant, j’ai quelques réserves qui valent la peine d’être mentionnées.