Comment utiliser la mise à l’épreuve pour maitriser des sujets complexes

À propos de cette page: Le format questions + réponses simples que j’ai déjà expliqué sur la page portant sur la mémorisation à long terme peut convenir à la grande majorité des individus et des situations. Cependant, si vous visez à développer des compétences plus avancées, tôt ou tard, vous allez probablement devoir vous tourner vers des méthodes plus complexes et plus exigeantes.

Avant de s’attaquer au “deep work”, au “digital minimalism” et à d’autres concepts hyper pertinents dont je vais vous reparler ailleurs sur ce site, l’auteur Cal Newport s’est longtemps intéressé aux méthodes de travail utilisées par les étudiants qui parviennent à obtenir d’excellents résultats sans pour autant sacrifier tous leur temps libre. Dans l’une de ses entrevues, Newport présente ainsi l’une de ses principales conclusions:

“Active recall is everything. When it comes to learning any type of material, in my opinion, the only activity that really matters is trying to replicate the information, from scratch, without looking at your notes, as if you were lecturing a class. If you can do that, you know it. If you can’t do that, you don’t know it. It’s brutal, it’s intense, it’s also incredibly efficient. It’s the most efficient possible way to learn. (…) Active recall is the only game in town. Any other activity throw it out of your study skills arsenal.”

Je n’approuve pas l’idée selon laquelle la mise à l’épreuve serait “the only activity that really matters” ou “the only game in town”. Je pense aussi que de viser être pratiquement en mesure de donner un cours sur le sujet sans regarder ses notes, c’est souvent un standard un peu trop élevé pour les étudiants qui ne souhaitent qu’obtenir des notes décentes. Cela dit, les principes énoncés dans cette citation restent valides. L’auto-examen devrait jouer un rôle absolument crucial dans votre arsenal d’étudiant. Cette technique d’étude est utile pour les concepts simples comme la capitale du Botswana. Elle l’est tout autant pour des sujets complexes comme l’histoire et les sciences.

Le niveau de perfectionnisme dont vous devrez faire preuve ici dépend de vos objectifs et de la quantité de temps dont vous disposez. Si vous ne souhaitez pas nécessairement devenir un expert sur le sujet, vous pouvez vous contenter de procéder morceau par morceau, sans trop vous soucier d’être parfaitement articulé. Si des éléments importants vous échappent, regardez vos notes un moment, identifiez vos faiblesses, puis essayez à nouveau. Si vous avez été en mesure d’expliquer grosso modo la série d’idées que vous souhaitez retenir, même en bafouillant de façon très peu élégante, vous pouvez considérer cet essai comme un succès. Attendez quelques heures ou une journée avant de refaire une autre fois le même exercice, puis passez à autre chose.

Si vous visez un niveau de compréhension plus élevé, si vous voulez pouvoir rédiger de mémoire un article sur un sujet plus complexe, être bien équipé pour argumenter une position ou pour faire une présentation orale, d’autres façons de procéder vont s’imporser. Pouvez-vous prendre une série d’idées plus simples liées à un sujet et les présenter l’une à la suite de l’autre de façon intéressante et cohérente? À l’instant présent, probablement pas. Et ce même pour des sujets liés à votre domaine d’étude ou à vos principaux intérêts. Si vous ne me croyez pas, tentez donc de, sans aucune préparation préalable, vous filmer en train d’improviser une présentation détaillée sur un sujet. Êtes-vous fier et satisfait du résultat? Êtes-vous prêt à mettre tout de suite la vidéo sur Internet? Tant mieux si c’est le cas. Sinon, c’est on ne peut plus normal. Si vous le souhaitez, vous pouvez choisir de changer cela et vous n’avez pas besoin d’attendre d’avoir terminé votre programme d’étude.

  • Commencer par identifier ce que vous devez ou souhaitez connaitre à propos d’un concept particulier. Soyez modestes avec vos objectifs initiaux. Vous ne vous en sortirez jamais si vous tentez de tout noter ce qu’il y a d’intéressant à savoir sur “la science” ou sur “l’histoire”. Commencez par un sujet spécifique. La “crise boursière de 1929 aux États-Unis” ou le “réchauffement climatique” par exemple. Si le sujet est trop vaste, limitez-vous à quelques points plus limités. Ou encore, divisez votre projet en plusieurs éléments auxquels vous pourrez vous attaquez séparément.
  • Voyez si vous pouvez d’abord répondre à des questions très simples portant sur chaque point pris séparmément.
  • Voyez maintenant si vous pouvez répondre à des questions de plus en plus complexes qui nécessitent des réponses longues. Pour retenir quels points doivent être abordés dans quel ordre, vous pouvez vous concentrer vers les différents liens logiques unissant tout cela. Bien sûr, je vous encourage aussi utiliser la magie des palais de mémoire et/ou de la méthode des liens aussi souvent que nécessaire!
  • Allez-y étape par étape en visant toujours un niveau de difficulté qui n’est ni trop bas, ni trop élevé. Rappelez-vous qu’au besoin, toutes les questions complexes ou presque peuvent être divisées en éléments plus simples.
  • Pourriez-vous expliquer tous les principaux points de façon claire à quelqu’un qui ne connait pas le sujet? En utilisant un langage simple qu’il ou elle pourra comprendre? C’est là une excellente façon de vous assurer que vous comprenez bien le sujet vous-même. Enseigner, c’est une excellente façon d’apprendre.
  • Identifiez toutes les lacunes dans votre compréhension du sujet. Retournez temporairement à vos lectures afin de les corriger. Puis voyez si vous pouvez tout réexpliquer de façon plus claire.
  • Une fois que vous comprenez bien tous les éléments de base et que vous êtes en mesure de les expliquer, vous pouvez choisir de pousser plus loin l’exercice en ajoutant progressivement des détails et des niveaux de complexité. Attention de ne pas tomber le piège de dire des trucs qui vous permettent d’avoir l’air intelligent, mais que vous ne comprenez qu’à moitié!

Tôt ou tard, cela va valoir la peine de vous mettre à l’épreuve en partageant directement vos connaissances avec quelqu’un d’autre. Si vous préférez éviter cela, vous pouvez tout de même vous trouver un coin tranquille et tenter d’expliquer les principaux points à voix haute. Si la présence d’autres êtres humains aux alentours vous fait craindre d’avoir l’air un peu dingue, sachez que de bouger légèrement vos lèvres sans émettre de sons est déjà plus mémorable et de rester complètement dans vos pensées. Ça reste toujours bien exigeant, bien inconfortable et parfois un peu embarrassant comme processus (impossible alors de masquer notre incompétence), mais cela en vaut la peine. Une variation de cette méthode est ce qu’on appelle la “Richard Feynman technique”, du nom du célèbre physicien. Vous pouvez consulter ce vidéo, cet autre vidéo et cet article pour savoir en quoi cela consiste.

Si vous vous préparez pour une présentation importante ou si vous étudiez un sujet qui vous tient à coeur et que vous souhaitez maitrisez de façon plus solide, cela vaut la peine de pousser l’exercice encore plus loin: – On se filme ou on s’enregistre – On écoute le résultat en identifiant les principales lacunes et en tentant de ne pas mourir de honte – On recommence en se concentrant sur un ou deux points à améliorer – On poursuit le processus jusqu’à avoir atteint un niveau qui nous semble acceptable – On refait la même chose devant quelques amis honnêtes mais pas trop cruels – On tente notre chance dans une situation encore plus stressante devant une foule d’inconnus… Vous comprenez le principe? Essai / feedback / correction / nouvel essai… On recommence le processus aussi souvent que nécessaire. Si vous procédez intelligemment et étape par étape, ça ne devrait pas être trop long avant que vous ne soyez prêt pour votre TED Talk.

 

 

 

Alertes à l’hypocrisie: Je sais pertinemment que le processus raffinement progressif et systématique (essai, feedback, correction, nouvel essai) décrit sur cette page fonctionne. Pour pauffiner une présentation importante ou pour développer des connaissances plus poussées sur un sujet, c’est presque un must. Sauf que de mon côté, je dois admettre je ne l’ai encore jamais poussé très loin… Peut-être est-ce une forme de lâcheté de ma part. Ou peut-être que je poursuis un trop grand nombre de projets simultanément. J’espère bien remédier à cela pour au moins quelques sujets au cours des prochains mois et des prochaines années.

* Je volé l’image explicative de la méthode Feynman dans cet article.